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Le Surréalisme.




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 Max Ernst. (1891 - 1976). L’antipape. 1941-42.  Surréalisme.  






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Max Ernst. (1891 - 1976). L’antipape. 1941-42. Huile sur toile, 160,8cm x 127,1cm. Surréalisme. 

Cette toile du peintre Surréaliste Max Ernst qualifiée parfois d’énigmatique et de provocatrice n’est pas une énigme pour nous bien qu’il soit probable qu’elle reste obscure pour 98 % de ceux qui la regardent. Elle traite de l’image de la sexualité féminine perçue par l’homme. Et des conséquences pour celui-ci. Bien sur elle fait référence à la situation affective personnelle de l’artiste à l’époque mais comme l’inconscient utilise un langage universel, celui du mythe et du symbole, on peut la déchiffrer aisément et elle a une portée universelle. Comme le cheval est un symbole et un archétype puissant on note tout d’abord les 2 personnages à tête de cheval. Doté d’une prodigieuse vitalité le cheval symbolise l’aspect discipliné et achevé des forces instinctives, parfois vitales s’il est blanc, parfois morbides s’il est noir. Freud a toujours souligné les liens qui unissent la libido, l’instinct sexuel, et le thanatos l’instinct de mort. A gauche la figure féminine vêtue de rouge, couleur provocante et agissante, possède un visage de cheval surmonté d’une chouette et d’autres oiseaux de nuit représentant le coté agressif et violent des pulsions féminines, l’équivalent féminin de la virilité masculine. Elle fait aussi référence ainsi que les lances à l’image de la déesse grecque Athéna, Minerve chez les romains dont les attributs sont l’olivier et la chouette, déesse guerrière, Athéna est cependant reconnue comme l’incarnation de la Raison, de l’Équité et de la Sagesse. Elle est, de plus, la déesse des Arts, de la Littérature, de l'Industrie et de l'Artisanat féminin. Bienveillante, elle préside aux arts agricoles, fait don aux hommes de la charrue et leur apprend la manière de dompter les animaux sauvages. Il y a aussi des références à son équivalent scandinave Wotan ou Odin, maître des dieux, dieu de la Guerre, associé également à l'apprentissage, la sagesse, la poésie et la magie. A droite c’est la petite fille vêtue de rose qui demande conseil à « l’antipape ». L’Église ayant toujours été opposée à une sexualité débridée et sans tabou le titre de l’œuvre est ainsi expliqué. Cet antipape, figure sombre, possède 2 têtes, une tête de cheval noir qui signifie la mort et une tête humaine rappelant l’image de Méduse dont la tête orne le bouclier d’Athéna que lui a offert Persée pour l’avoir aidé à vaincre cette dernière.
La petite fille, mais aussi la femme écoute les 2 voix. Le discours des violentes pulsions sexuelles et le discours de la sagesse et de la raison, celui d’Athéna. 
L’image de la femme est ambivalente pour l’homme elle représente sagesse et maternité, calme et raison, mais aussi dans la violence de ses pulsions profondes et la force de son instinct elle le relie à la mort. L’homme a toujours peur que les pulsions de la femme ne l’absorbent entièrement. La figure centrale est un squelette, un support, qui attend la décision et le choix de la petite fille pour prendre l’apparence qui convient. Il est naturel que l’image de la femme (mis à part l’antipape) soit triple car il y a 3 Nornes dans la mythologie scandinave, des divinités de la race des Ases. Les trois Nornes qui correspondent aux 3 Parques grecques sont Urd, Verdandi et Skuld. Personnifiant respectivement le destin passé, le destin présent et le destin futur, elles sont les arbitres suprêmes des destinées humaines et divines et décident des lois du cosmos. La toile est certainement angoissante pour l’homme et énigmatique pour la femme qui ne reconnaît pas sa sexualité vue par le regard de l’homme. 

La ligne d’horizon est très basse, le ciel est immense. Ceci donne beaucoup de solennité à la toile. Dans un premier temps le regard monte vers la gauche et cette tête de cheval qui intrigue. Puis il repère la figure centrale et dans un troisième temps il se dirige à l’extrême droite. Le point de vue du spectateur se situe ici. Et le spectateur a de quoi être étonné car le sens de l’œuvre ne peut être compris immédiatement. Si vous ne lisez pas le commentaire vous avez peu de chance d’y comprendre quelque chose. Ajoutons que Max Ernst a étudié la philosophie et la psychologie à Bohn en Allemagne, et, poussé par son père éducateur dans une école pour sourds-muets il s’intéresse très tôt aux formes d’expression picturale des malades mentaux. Cet artiste sait exactement ce qu’il fait … 

On trouve sur les points naturels d’intérêt : à gauche la femme adulte sexuellement avide et à droite le dialogue ente la femme-enfant ses instincts et sa raison. 
La silhouette au centre est en attente. 

Un peu moins des 2/3 de l’espace pictural est réservé au ciel, un peu plus du tiers à la mer. Les personnages ne sont pas sur terre mais pratiquement dans l’eau. 
Il est naturel que la scène se situe au bord de la mer. Dans le langage du rêve l’eau et la mer sont avant tout le symbole de l’inconscient et le but avoué du surréalisme est de laisser parler l’inconscient en toute liberté. 

La toile est construite sur la grande diagonale ascendante. Les principales lignes directrices vont dans ce sens. 

Détails : 

Le cheval est un animal psychique tellement puisant que s’il apparaît en rêve il se doit d’être en pleine forme et doté de toutes ses formidables capacités. Le cheval est indispensable, sans lui l’homme ne progresse plus. Durant des millénaires le cheval a servit l’homme pour l’agriculture, pour ses déplacements et pour la guerre. Un cheval effrayé, comme ici, signale un dérèglement psychique important. Hors ce dérèglement a lieu chez une femme en rouge en prise à ses instincts et ses pulsions… Le désir féminin dérange tellement l’artiste qu’il le voit presque comme une malédiction. Les oiseaux de nuit au-dessus de la tête pourrait atténuer les choses car Athéna déesse grecque guerrière de la raison et de la sagesse possède pour attribut la chouette et Wotan ou Odin dans la mythologie scandinave apparaissent souvent avec un corbeau sur l’épaule. Mais les oiseaux de nuit sont les prédateurs des petits mammifères qu’ils épient et dévorent. Le corbeau adore les champs de bataille après celle -ci et l’homme sait pourquoi. Les oiseaux ont un rapport étroit avec la mort. On a longtemps cru que l’âme de l’homme quittait son corps par l’intermédiaire d’un petit oiseau. Il y a un corbeau sur le sol et un oiseau mort. Les pulsions féminines sont référence à la mort et au monde des ténèbres c’est dire à quel point elles contrarient l’homme. 

Cette silhouette féminine est un support en attente du résultat de la conversation de droite. Ce squelette de forme générale humaine aux organes étranges et aux os pointus comme des épines souligne les rapports entre l’humain et le poisson. Il est naturel lorsqu’il s’agit de contenus inconscients profonds et puissants et de transformation que l’inconscient fasse référence au poisson. Il suffit de se rappeler le légendaire Jonas et de son séjour dans la baleine pour comprendre que celui qui doit subir une transformation ne peut échapper à l’appel des profondeurs, sources de la vie. L’animal typiquement féminin et qui représente autant chez l’homme que chez la femme les aspects spécifiquement féminins est le chat et il est absent ici. Cette vision est celle d’un homme. 

Tout ce qui se trouve au sol fait référence à la mort. Un oiseau de nuit, un corbeau, un oiseau mort, un crabe venant se nourrir de ce cadavre. Tout ceci est très agressif. Au dessus on peut voir la forme d’un enfant dans des langes (voir zoom) qui lui aussi semble mort. Ici la femme dans sa dimension maternelle n’existe pas. 

La forme de l’antipape est double, une forme noire à tête de cheval avec des boucles en forme de démons dans les cheveux. La mort et le mal. Une forme marine à gauche avec un calamar des algues et de longs poissons dans les cheveux qui évoque des instincts puissants venant des profondeurs mais aussi Méduse. 
Méduse est l’une des 3 Gorgones, comme ses sœurs Sthéno et Euryalé, c’est un monstre ailé dont la tête porte une masse de serpents en guise de cheveux. 
Méduse terrorise les hommes, et quiconque croise directement son regard se trouve changé en statue de pierre. Mais, mortelle, Méduse trouvera la mort de la main de Persée. Celui-ci, armé par Hermès et le bras guidé par Athéna, lui tranche la tête. Il offre ensuite ce trophée à Athéna, qui en orne son bouclier.
Du sang jailli de la gorge tranchée de Méduse et tombé dans la mer, surgissent le cheval ailé Pégase et le guerrier Chryasor, que la Gorgone a conçus de sa liaison avec Poséidon. Ici Rien de bien engageant pour un homme ! 

Lumière : 

La scène est éclairée de l'arrière du personnage habillé de rouge au premier plan. 

Couleurs : Contraste entre complémentaires.

Oeuvres similaires :

Max Ernst. La Forêt. 1927.

Max Ernst. L’Europe Après la Pluie. 1942.

Max Ernst. La Tentation de Saint Antoine. 1945