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Le Caravage. (1571 – 1610) Judith décapitant Holopherne. 1598. 
Huile sur toile. 145 x 195 cm.

Baroque. 

 










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La Judith découverte à Toulouse : Une Judith du disciple bien plus que du Maître Le Caravage… 
Voyez pourquoi …

Le Caravage. (1571 – 1610) Judith décapitant Holopherne. 1598. 
Huile sur toile. 145 x 195 cm.

Dans le livre de Judith de l'Ancien Testament le roi de Babylone, envoie son général Holopherne punir les nations occidentales qui ont refusé de se joindre à lui pour faire campagne contre les Mèdes. Holopherne marche sur eux et tous se soumettent, sauf les Israélites. Celui-ci les assiège dans la ville de Béthulie, près de Jérusalem. Judith, en hébreu : Juive, veuve pieuse et d'une grande beauté, se propose de les délivrer. Elle s'introduit par ruse dans le camp ennemi, prétendant avoir des renseignements contre son peuple, et charme Holopherne qui l'invite sous sa tente à un banquet au cours duquel il s'enivre et s'endort. Judith saisissant alors une épée lui tranche la tête et l'enveloppe dans un sac, puis retourne auprès de son peuple. Les Israélites en liesse attaquent alors les Assyriens, qui, privés de leur chef, s'enfuient pris de panique. La scène de Judith décapitant Holopherne a beaucoup inspiré les peintres baroques. Cette scène est à la limite de 2 genres majeurs en peinture aux 16ème et 17ème siècles. La peinture d’histoire et la peinture religieuse. Nous étudions ici la toile attribuée au Caravage qui date de 1598 mais grâce aux flèches en bas à droite vous allez pouvoir la comparer à la toile découverte à Toulouse en 2014 et à une toile identique attribuée à Louis Finson peintre flamand né à Bruges vers 1575. Formé dans cette ville il se rend ensuite vers 1600 en Italie, à Rome et à Naples, il est un des premiers peintres flamands influencés par le Caravage. On retrouve sa trace début 1613 à Marseille où il peint la Résurrection de Lazare pour la famille de Pierre de Libertat, tableau actuellement dans l'église de Château-Gombert. Il se déplace ensuite à Aix. En mars 1614 il se rend à Arles, Il y réalise plusieurs œuvres dont le Martyre de saint Étienne et l'Adoration des mages. Louis Finson quitte la cité arlésienne et entreprend un tour de France en passant par Montpellier, Toulouse, Bordeaux et Paris. Il se rend ensuite à Amsterdam et décède en 1617 dans cette ville pour certains ou à Bruges pour d'autres. Louis Finson était également marchand de tableaux : il eut en sa possession, avec le marchand Abraham Vinck, au moins 2 tableaux du Caravage. Cette double activité de peintre et de marchand n’est pas étonnante. Au vu de la notoriété du Caravage, lui attribuer la paternité d’une œuvre était le moyen le plus sûr de trouver un bon acquéreur. En attendant les batailles d’expert qui ne vont certainement pas tarder il faut toutefois noter de nombreuses différences entre la toile attribuée au Caravage et cette version de Toulouse. La Judith du Caravage est jeune, habillée d’un chemisier blanc, elle tranche la tête d’Holopherne d’une geste qui va vers le bas, la pointe de l’épée se situe en bas à gauche. Elle semble effrayée et apeurée par son geste. La servante à son côté regarde Holopherne les yeux exorbités. La Judith de Toulouse comme celle de Louis Finson semble plus âgée, avec un peu d’embonpoint (ce qui est le goût flamand de l’époque) elle est vêtue d’une robe noire. Son geste va vers le haut, la pointe de l’épée se situe en haut à gauche. Elle semble indifférente à ce qu’elle fait et regarde le spectateur d’un air froid et décidé. La servante est de face et regarde simplement sa maîtresse. Dans les 2 toiles, en haut, les draperies rouges rappellent celles de la Mort de La Vierge, toile peinte par Le Caravage en 1606, ou bien celles de la Madone au Rosaire (1605-1607). Ces toiles permettent d’identifier le rouge du Caravage beaucoup plus mat et bien moins lumineux que celui de Louis Finson et de la toile de Toulouse. Une Judith qui pose et regarde le peintre ou le spectateur n’est pas du tout la manière du Caravage. Malgré tout cela ce qui est agaçant c’est que l’expert de Toulouse attribue d’office la toile au Caravage, affirme qu’elle aurait été exécutée à Rome entre 1604 et 1605 et la surestime à 120 Millions d’euros ! Mais s’il s’agit d’une toile de Louis Finson elle ne vaut pas plus de 100 000 euros ! Aux vrais experts de trancher ! Pas la tête de l’expert de Toulouse ni du commissaire priseur, trancher sur le véritable auteur de l’œuvre et le prix ! 

Le point de vue du spectateur se situe sur la main de Judith prés du centre géographique de la toile. Le regard du spectateur est attiré par le sang et la tête tranchée. Dans un second temps il détaille Judith et sa servante. En suite le regard monte. Le rouge des draperies du haut est un rappel du sang versé du général Holopherne. 

3 points naturels d'intérêt sont utilisés. La tête d’Holopherne est située sur le point naturel d’intérêt inférieur gauche. 

L’épaule, le visage et le bras de Judith sont sur les 2 points naturels d’intérêts droits. 

Le cadrage est parfait, il souligne ce qui est important. 

La grande diagonale descendante délimite 2 espaces. 

Le corps d’Holopherne est situé intégralement sous la diagonale du côté gauche. 

Judith et sa servante se trouvent au-dessus de la diagonale sur le côté droit. 

Cette division de l’espace suggère que Judith est restée pure et ne s’est pas compromise avec Holopherne. 

Les principales lignes directrices montrent que le Caravage a utilisé les 2 grandes diagonales pour construire son image. 

La direction est toujours descendante mais en haut la dominante est de gauche à droite et en bas de droite à gauche. 

Les diagonales descendantes induisent une idée de chute et de déchéance ce qui est bien le cas ici. 

Détails : 

Le visage représenté par la Caravage montre une Judith apeurée, hésitante et écœurée par son geste. Ce n’est pas le cas du visage de la Judith de Toulouse. 

La servante dont le visage est très ridé regarde le geste de Judith avec des yeux exorbités.

Lumière : L’œuvre du Caravage est éclairée par un faisceau de lumière venant de la gauche. Les personnages se détachent dans l’obscurité ambiante. L’artiste aime faire alterner les zones sombres et les zones inondées de lumière. 

Couleur : Harmonie entre couleurs chaudes. 

Toiles Similaires : 
Cristofano Allori. Judith. 1613.

Atémisia Gentileschi. Judith Décapitant Holopherne.
1618-1620.

Valentin de Boulogne. Judith et Holopherne. 1626.

Trophime Bigot. Judith. Coupant la tête d'Holopherne.