Pierre Paul Rubens

Le mouvement Baroque

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Pierre Paul Rubens. Érection de la Croix. (1610). 6m x 4,60 m. 




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Pierre Paul Rubens. Érection de la Croix. (1610). 6m x 4,60 m 


Ce Triptyque peint à l’origine pour l’église Sainte Walburge se trouve aujourd’hui à la cathédrale d’Anvers. C’est une commande d’un commerçant aisé, Cornelius Van der Geest. L’œuvre est un retable. Dans une église un retable est une œuvre d’art (peinture ou sculpture) qui représente un personnage ou un événement religieux qui est placée soit sur l'autel soit en retrait de celui-ci.
L’œuvre interpelle par ses dimensions : 6 mètres de large par 4m 60 de haut, et par le fait qu’il s’agit d’un triptyque ouvert mais en fait d’un polyptyque car les faces avant, l’œuvre fermée, sont aussi décorées et peintes. En fait il existe 5 panneaux différents et indépendants. Les 3 panneaux ouverts bien entendu ont un lien entre eux. Les 2 panneaux, œuvre fermée, aucun. Dans un lieu public comme une église la présence d’un polyptyque suppose une mise en scène. Le tableau est bien plus intéressant ouvert que fermé. Aussi il n’est ouvert qu’à certaines occasions. Le dimanche durant l’office, les jours religieux, et pour certaines cérémonies concernant des personnages importants (enterrements, mariages…). Il y a une utilisation spectaculaire en fonction de la position de l’œuvre, ouverte ou fermée. Le triptyque ouvert a pour but de motiver les fidèles pour qu’ils assistent à l’office du dimanche. Les autres jours de la semaine l’œuvre est fermée. Tout ceci répond aux exigences du Concile catholique de Trente (1545-1563) qui, en réponse à la réforme protestante, demande aux artistes de frapper les sens et d’éveiller la miséricorde chez les fidèles. Ce concile est directement à l’origine du mouvement Baroque et de l'exubérance qui le caractérise pour émouvoir, persuader, convertir, et même enthousiasmer les fidèles.…
Sur les panneaux fermés : 4 saints et saintes : Sainte Walburge, Saint Eloi, Saint Amand et Sainte Catherine. 
Sainte Walburge (710 - 777) est une missionnaire bénédictine anglaise. Saint Éloi (588 -660), est un évêque français, patron des orfèvres et des forgerons, professions très prisées à Anvers. Saint Amand (679) est l’apôtre des Flandres, évêque de Tongres-Maastricht vers 647, Sainte Catherine d'Alexandrie est une martyre chrétienne. 
Selon la légende, elle reproche à l'empereur romain Maxence (306 - 312), à Alexandrie, de persécuter les chrétiens et parvient à convertir les philosophes païens qui doivent la convaincre. De colère Maxence la condamne au supplice de la roue, mais celle-ci s'effondre… Elle est alors décapitée.
Au dessus de chaque couple de Saints 2 anges leur rendent hommage et portent leurs toges et leurs couronnes de fleurs. 



Le panneau central : 3,40 x 4,60 m a été peint dans l’église, une voile de navire a été utilisée pour l’isoler des lieux. 9 personnes hissent la croix dans un mouvement synchronisé. Le Christ lève les yeux vers le ciel. Au premier plan, un chien assiste à la scène. Sur le panneau de gauche Marie et Jean sont calmes mais tragiques, un groupe de femmes et d’enfants est affolé et désespéré, une femme regarde le spectateur. A droite des militaires romains dont un à cheval qui dirige le supplice. A l’arrière-plan, les deux larrons, l’un est dévêtu, l’autre par terre est déjà en croix. 
L'œuvre est construite, au centre, sur la grande diagonale montante de droite à gauche aussi bien pour la composition que pour la lumière ce qui accentue l''ascension et l'action. Rubens utilise plusieurs moyens pour interpeller le spectateur et le prendre à témoin. Il cherche à l'impliquer ans la situation. Il donne aussi une signification au tableau. 

Rubens utilise la contre plongée. Le point de vue du spectateur est placé très bas.
Ceci implique que l’image du Christ est haute et accentue l’impression d’ascension. 

Le Christ Marie et Jean se situent sur la ligne de force horizontale supérieure. 
Le groupe de personnages qui hisse la croix est situé entre les 4 points naturels d’intérêt de l’œuvre.

La toile se partage en zones claires et zones sombres. Les fidèles, Marie et Jean, les femmes éplorées, le chien, les tortionnaires, sont dans les zones sombres. Ce jour est une journée sombre pour eux. Le christ et sa destination supposée le ciel sont dans les zones claires. 

Le panneau central est construit sur la diagonale montante de droite à gauche, les principales lignes directrices, les bras, la corde, les corps, la croix s’élèvent vers le ciel.
Les panneaux latéraux sont élaborés selon un autre principe. Les diagonales séparent les fidèles en pleurs de Marie et Jean et les militaires des larrons suppliciés.
Le jeu des regards induit lui aussi un mouvement ascensionnel. Marie et Jean regardent le Christ qui lui regarde le ciel. En suivant ce trajet le regard du spectateur ne peut que monter. 

Détails : 

Les muscles des hommes, la corde et la croix sont tendus vers le haut.
Le regard du Christ est lui tendu vers le ciel et le créateur. 

Ce chien n’est pas au premier plan par hasard. Le chien est l’animal le plus proche de l’homme, il a toujours été son compagnon fidèle et dévoué. L’œuvre s’adresse aux fidèles et les appellent à la dévotion. Dans bien des cultures le chien est en rapport avec la mort, il est le guide vers l’au-delà. Il est aussi ici un rappel de la période Maniériste dont les principaux maîtres ont précédé le Baroque dans la réalisation de toiles religieuses. 

Marie et Jean regardent le Christ avec gravité et compassion. Leurs mains sont jointes signe de solidarité et d’union dans la douleur, seule la main droite de Jean esquisse un geste d’accompagnement et d’au revoir. 

Les fidèles sont consternés et affolés. Seule une jeune femme regarde le spectateur pour le prendre à témoin et l’impliquer dans l’action. A ce titre, si l’on considère aussi le jeu des regards entre Marie Jean et le Christ on peut parler de mise en scène des protagonistes par l’artiste. 
Lumière : Un faisceau de lumière suit la grande diagonale montante du panneau central et vient frapper la poitrine du Christ. Un autre faisceau de lumière ayant la même provenance vient aussi éclairer les fidèles en pleurs. Par la lumière Rubens induit l’idée de rédemption et de sacrifice. La lumière est partagée entre le Christ et les croyants manière d’indiquer que son sacrifice n’est pas vain mais rachète les péchés de l’humanité et au final est destiné à la sauver. 

Couleurs : Opposition entre couleurs froides et couleurs chaudes. 

Harmonie et Contraste. Le report des couleurs utilisées pour élaborer la toile sur le cercle chromatique indique une opposition entre couleurs froides et couleurs chaudes.. 

Toiles Similaires : 

Pierre Paul Rubens. Descente de Croix. (1612-14) 

Dans le triptyque de la Descente de Croix Rubens utilise la grande diagonale de gauche à droite. Celle-ci est également montante. Les 8 personnages font littéralement corps avec le Christ et sont unis à lui. Cette descente exprime l’idée de réception du corps et d’élévation de l’âme. 

Pierre Paul Rubens. Lamentation du Christ. (1617 – 18).

Le triptyque des lamentations représente la mise au tombeau. Le Christ est placé dans son linceul par Jean et Marie. Même sans vie, le Christ, comme Marie et l’apôtre du panneau droit, regarde le ciel. L’œuvre exprime l’idée d’illumination et d’ascension.