Faux et Faussaires. L’ Art ou l’esbroufe ? 07.04.2014.

Voir Aussi : Art : Dérives, Délires et Blanchiment…








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L’ Affaire Greenhalgh.

 


Faussaires De Génie par 007ovni


 

L’ Affaire Beltracchi.



Wolfgang Beltracchi par zurbaran46

 




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Repérer le vrai du faux : Riopelle.



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Faux et Faussaires. L’ Art ou l’esbroufe ? 

Quelle est l’ampleur du problème ? Enorme, incroyable, inavouable, au point qu’à part quelques cas volontairement médiatisés personne n’aborde sérieusement le sujet. Surtout pas les Musées ni les galeries ni aucun des experts qui travaillent pour eux. Pourquoi ? Un musée, un particulier, une galerie refuseront toujours d'admettre qu'ils se sont fait avoir. Comme la grande majorité des collectionneurs sont des génies du business ou de la finance, et parfois même du business de l’art il serait inconvenant que l'on puisse mettre en doute de quelque façon que ce soit que le 
Van - Gogh, le Monet, ou le Picasso acheté 25 millions de dollars puisse être un faux. Et malgré les suspicions ils refuseront toujours une contre expertise digne de ce nom. Pour eux le tableau est un original. Point final.
Dans la vidéo ci-dessus on voit bien que les Greenhalgh ont manipulé les experts du prestigieux British Museum, du Tate Modern et des grandes maisons de ventes aux enchères comme Sotheby's et Christie's qui n’ont rien décelé de leurs faux qui pourtant ont été effectué dans leur abris de jardin avec de la peinture achetée en supermarché ! Et ils sont loin d’être les seuls. Shaun Greenhalgh n’est pas un expert en art, il n’est même pas artiste, lui-même est étonné que cela marche, et les faux sont souvent grossiers, pourtant ils ne sont pas détectés comme tels, et le manège a duré 20 ans ! 

Il existe des faussaires qui ont été condamnés, ayant purgés leurs peines, ils veulent tirer un trait sur le passé parce que la fortune amassée en ayant vendu leurs « œuvres » leur permet de vivre confortablement. Le plus souvent ils désirent garder l’anonymat. Un de ceux-ci, surnommé le Bonze, déclare que des faux peints durant les années 1960, remontent régulièrement à la surface au détour d'une vente ou d'une exposition. Le Bonze a réalisé plus de 400 tableaux en imitant tous les grands maîtres du 20ème siècle. Parfois il se retrouve nez à nez avec certaines de ses toiles ! 
« Je visitais la rétrospective Modigliani à Martigny (Suisse) quand je suis tombé sur l'une de mes oeuvres. L'un de mes dessins figurait aussi dans le catalogue d'une exposition présentée à l'Hôtel de Ville de Paris. » « Je suis encore le seul à savoir où sont accrochés mes tableaux » .Le Bonze assure que « plus de 2 000 faux Warhol circulent dans le monde » et que l'un des tableaux phares d’une rétrospective Magritte à Paris, « le Chapeau », désormais présenté comme un original, « était encore tenu pour faux il y a 30 ans »... Comme on connaît des gens très célèbres du monde des affaires qui se sont mis à collectionner Warhol on a du mal à ne pas éclater de rire… Surtout que pour donner le change ceux-ci ont souvent racheté des revues d’art, des galeries ou même des maisons de vente aux enchères… 
Pour donner une petite idée : les Center Art Gallery auraient vendu en 13 ans pour 2,6 milliards de dollars de fausses lithographies achetées 50 à 100 dollars aux faussaires et revendues de 2000 à 300.000 dollars à tous les gogos de la planète. Et ceci n'est évidemment qu'une goutte d'eau dans un océan d'arnaque.
Si l'on réunissait tous les tableaux de Modigliani présents dans les collections privées et publiques du monde, il aurait fallu une cinquantaine de vies à l'artiste (mort à 36 ans…) pour les peindre tous. De même pour une majorité d’ artistes à la cote élevée.
Par exemple on a recensé 11.000 tableaux de Corot mais quelqu’un qui connaît bien Corot et l’art pictural comprend vite qu’en temps de travail cela consiste à attribuer une centaine de chapelles Sixtine à Michel-Ange ! 

Le problème se complique lorsque l’on comprend que certains faussaire ont du talents et sont créatifs comme par exemple le faussaire Jan Van Meegeren qui a exécuté des faux Vermeer, comme les Disciples d'Emmaüs, de manière si parfaite qu'il parvient tout d’abord à les vendre au Nazi Hermann Göring puis à tromper tous les experts. La chose était risquée car on imagine s’il l’avait soupçonné comment Göring aurait réglé le problème… 

Wolfgang et Hélène Beltracchi, représentent un autre type de problème. 
Jugés devant le tribunal de Cologne, en Allemagne, en septembre 2011, Wolfgang 
Beltracchi possède le sourire un peu moqueur des faussaires d'exception. Des années durant, ce sexagénaire a grugé des experts, des galeristes, des collectionneurs. D'Allemagne en France, il a mené la grande vie, et géré en maestro une PME du faux. Avec lui, c'est bien simple, tout est fabrication même les photos d'avant guerre. Un "génie", résume, beau joueur, l'une de ses victimes françaises, l'homme de médias Daniel Filipacchi. 
Le faussaire déclare modestement : « "J'ai toujours essayé de faire un peu mieux que l'artiste lui-même." » !! 
Après quelques jours d'audience, le jugement tombe : 6 ans de prison. Cette condamnation, obtenue à la suite de négociations discrètes mais légales entre ses avocats et les magistrats, ne porte que sur 14 toiles et clôt le procès avant l'heure. Nul besoin d'entendre les 170 témoins ou d'ausculter les 8 000 pages du dossier. 
Cer qui arrange beaucoup de monde … 
Ce procès mort-né n'a montré que la partie émergée de l'iceberg de crédulité, de manque de sérieux et d'avidité du marché de l'art international. Beltracchi. N’est pas un génie ; il a juste exploité les failles d'un système vérolé. Sciemment ou non, de nombreux spécialistes lui ont facilité la tâche. A 14 ans, son père le met au défi de copier un Picasso, Mère et enfant. Pari tenu, en quelques heures. Dès lors, il ne cessera de peaufiner son talent, intégrant même une école d'art, en 1969.puis il continue de peindre, restaurer et vendre des toiles.
Il y a une méthode Beltracchi. Il achète de vieux tubes de peinture, trouve des toiles anciennes sans valeur, les décape et comme un pur copiage est trop risqué, il invente, imite, peint à la manière de… Sa trouvaille : repérer, dans les archives ou le catalogue raisonné de l'artiste, l'inventaire officiel des oeuvres, le nom d'un tableau sans photo, voire porté disparu. Autrement dit, même les experts ne l'ont jamais vu. Son époque de prédilection ? Le début du 20ème siècle. Le style ? De préférence "modernité classique". 

A l'appui de ces mensonges, Hélène présente parfois des photos d'époque, des clichés sépia aux bords dentelés où l'on voit une femme et, à l'arrière-plan, divers tableaux, elle serait sa « grand-mère Joséphine"… En fait c'est elle-même qui prend la pose, coiffée à l'ancienne ! Pour produire ces photos, son mari est allé jusqu'à utiliser un appareil des années 1920 ! Il existe, pour chaque artiste, au moins un expert dont l'avis fait foi. S'il valide l’œuvre et se dit prêt à l'intégrer au catalogue raisonné, la partie est gagnée, les galeries entrent dans la danse, les tarifs grimpent. Un faux André Derain (1880-1954) a atteint 6 millions d'euros dans l'année qui a suivi son authentification ! 

Combien d'autres tableaux sont-ils sortis des ateliers de Beltracchi ? Le tribunal de Cologne, à cause de la prescription, n'en a retenu que 14. Wolfgang Beltracchi a gardé le silence sur le reste de sa production. Dans un livre, 2 journalistes allemands évaluent à au moins 70 le nombre d’œuvres douteuses encore en circulation. De vente en revente, le parcours de certaines d'entre elles donne le tournis…
Parmi les victimes françaises du couple figurent des collectionneurs de renom. A lui seul, Daniel Filipacchi, ancien patron de Paris Match, a déboursé 5,5 millions d'euros, en 2006, pour un Max Ernst, La Forêt II, né sous le pinceau de Beltracchi.
A Paris, l'affaire réveille le spectre de Fernand Legros, célèbre barbu au chapeau de cow-boy, marchand d'art et ami des stars (Claude François, James Dean...), qui inonda le marché de pseudo chefs-d’œuvre dans les années 1960. Cette fois encore, comme à l'époque, la France occupe une place de choix dans cette arnaque sans frontières. Les noms d'une demi-douzaine de galeries parisiennes sont mentionnés dans le dossier…. 

Guy Ribes lui commence en 1975, à copier des chefs-d’œuvre. Sa rencontre en 1984 avec un marchand de tableaux le fait devenir faussaire professionnel. Installé à Saint-Mandé dans un atelier, il réalise alors, souvent sur commande, des faux Chagall, Picasso, Dalí, Léger, Bonnard, Modigliani, Renoir, Laurencin, Braque, Vlaminck ou Matisse, ne faisant jamais de copie de tableau existant, préférant peindre dans le style de l'artiste copié. Certaines de ses œuvres sont même authentifiées comme vraies par des experts sincères, ou publiées dans la Gazette de l'Hôtel Drouot ; la propre fille de Marc Chagall s'y laisse aussi prendre, croyant d'un faux être une toile de son père. Il déclare avoir peint un millier de faux.
Guy Ribes ne vend pas directement ses toiles, un réseau prenant en charge cette tâche. C'est seulement à partir du moment où Guy Ribes vend directement ses toiles qu'il est arrêté par la police.
Dénoncé, il est arrêté par la police à Saint-Mandé fin 2004 et jugé à Créteil pour « contrefaçon en bande organisée » en juillet 2010 dans un procès où l'on montrera plus de 350 de ses œuvres. Il est condamné à 3 ans de prison, dont 2 avec sursis. 11 autres personnes, complices du trafic, sont condamnées à diverses peines, dont le marchand de tableaux parisien Pascal Robaglia, considéré comme le cerveau de la bande, qui écope de 2 ans et demi ferme et 50 000 d'amende.
Gilles Perrault, l'expert venu témoigner, avoue quant à lui : « Je suis déjà intervenu dans beaucoup de dossiers de ce genre, mais je n’ai encore jamais vu un faussaire avec une telle palette d’artistes. Si Picasso était encore vivant, il l’embaucherait. ». Après avoir été démasqué, Guy Ribes a mis un terme à la fabrication de faux et peint des œuvres sous son nom. Il a collaboré au Film Renoir et en parcourant sa page Facebook vous verrez qu’il possède un talent personnel. Ce talent est utilisé par d’autres. Guy Ribes déclare : « Un matin, ils sont venus me commander un Renoir pour le soir... », « Tous les gens que j'ai rencontrés ont profité de moi, de mes problèmes financiers. Je ne pouvais pas faire ma propre création. » .



Elmyr de Hory (1906-1976) a vendu des milliers de toiles à des galeries du monde entier, ce peintre hongrois est considéré comme un prodige du faux et personne ne s’en doute jusqu’à son suicide en 1976. Modigliani, Degas, Monet, Picasso et Matisse tout le monde y passe… Un film d’Orson Welles : Fraude, lui est même consacré. 

Eric Hebborn (1934-1996) est considéré comme l’un des meilleurs faussaire du 20 ème siècle, Anglais, diplômé de la Royal Academy des Arts de Londres, il produit près de 1000 faux Rubens, Van Dyck, Piranèse, Poussin.. Il est assassiné à Rome en 1996... Un client mécontent ? De plus Helborn a publié des livres sur l’art et la manière de falsifier une oeuvre d’art. Escroc peut être… mais pédagogue. 

En 1970 lorsque l’artiste anglais Tom Keating (1917 – 1984 ) admet avoir falsifié plus de 2000 œuvres durant plus de 20 ans le marché de l’art est horrifié. A sa mort en 1984, ses faux Cézanne, Degas, Manet, Pissarro et Titien ont été vendues à peu près 1000 livres pourtant 10 plus tard elles en valaient déjà 12 000… Et aujourd’hui… ? Et d’ailleurs où sont ses faux ? Ils ont été absorbés et digérés par le marché et demain rien n’empêche une de ses œuvres d’être vendue comme un original n’importe où dans le monde …

Le problème se complique encore si l’on considère les « faux vrai » ou les « vrai faux » ! Un portraitiste comme Thomas Lawrence. (1769-1830) possède tellement de talent que toute la bourgeoisie anglaise veut son portrait. Lawrence ne refuse pas les commandes il commence les toiles… Lawrence était célèbre pour la durée qu'il prenait pour finir certains de ses tableaux, Isabella Wolff a attendu son portrait durant 12 ans…. A sa mort en 1830 son atelier contient un grand nombre de tableaux inachevés…. Ses élèves vont alors terminer les œuvres dans la technique du maître et les livrer… Ses tableaux sont des vrais ou des faux ? Ou des faux- originaux ? Ce problème se pose pour tous les artistes qui décèdent avec un atelier remplis d’œuvres inachevées….Et cela peut aller jusqu’à des centaines d’œuvres… Sans parler du problème des guerres et des spoliations. Durant a guerre de 1870 Camille Pissarro se réfugie en Angleterre avec Monet. Il laisse derrière lui à Paris tous ses tableaux ainsi que ceux que Monet lui avait laissés en dépôt. Les toiles servent aux Prussiens de planches à débiter la viande… D’autres ne seront jamais retrouvées. De retour en France Pissarro retrouve son atelier saccagé et ses toiles détruites ou perdues…

En mai 1897 Toulouse Lautrec installe son nouvel atelier au 15 de l'avenue Frochot, non loin de la Place Pigalle (jusqu'en 1898). Il laisse dans son ancien atelier 87 oeuvres qui seront utilisées par les nouveaux locataires pour masquer les trous de la tapisserie, le reste est bradé à petit prix !! Les œuvres sont donc …dans la nature…
Pourtant avec la radiographie au rayon X et l’analyse chimique des pigments comme vous pouvez le voir dans la vidéo sur Riopelle, un faussaire est vite démasqué. 
Le CIRAM utilise 6 techniques d'imagerie : lumière naturelle, lumière rasante, lumière transmise, fluorescence sous UV, réflectographie infrarouge et radiographie aux rayons X.
Le célèbre bleu de Chagall possède de telles caractéristiques dans ses pigments qu’il est impossible aujourd’hui de l’imiter. 
Une toile en possession de Martin Lang a été dévoilée comme fausse dans une émission de la BBC. Le collectionneur britannique avait acheté ce tableau censé être de Marc Chagall en 1992 pour 100 000 £ (120 000 €). 
La peinture utilisée pour ce Nu 1909 -10 a été analysée. Conclusion : les échantillons de bleu et de vert prélevés étaient trop modernes pour la date indiquée dans le titre. En effet, ces pigments n’ont été développés que vers la fin des années 1930.




De même des erreurs de composition trahissent souvent les faux. Les maîtres ont leur manière, étudiée ici, un faussaire non éclairé fait de grossières erreurs. Maintenant qui est intéressé à démasquer un faussaire ? Certainement pas son client et comme des dizaines de faussaires ont escroqués, Musées, Maisons des ventes et Galeries depuis des lustres …. Oui vous avez compris… Mais chuttttt ! Les ventes continuent….