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Bosch Code. 

Étude du langage pictural de Jérôme Bosch. (16 110 mots, 165 images, 8,95 Mo, 
Interdit au moins de 12ans, en ligne le 17.12.2016. Auteur : Bernard Martin Renou).




Les triptyques de Jérôme Bosch sont peuplés d’animaux étranges, d’êtres insolites et anormaux, 
parfois hybrides, dont le corps est d’une espèce et la tête d’une autre, à quelle fin ? 
Ces animaux bizarres et biscornus, souvent anormaux, sont-ils les alliés des hommes ou leurs ennemis ? 
D’où proviennent-ils ? Quelle est leur origine ? 

Comment arrivent-ils dans le monde fantastique de Bosch et pour quelle raison ? 

Suivez-nous tout au long de cette enquête passionnante au cœur des croyances religieuses du 
Moyen-âge mais aussi au plus profond de l’inconscient humain et de son symbolisme. 
Il est difficile de comprendre quelque chose dans les triptyques grouillant de personnages de Jérôme Bosch 
si vous n’avez pas le code… 




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Vidéo : : La Bible des chasseurs de Sorcières (Malleus Maleficarum).





Voir aussi : Le Jardin des Délices, 1480 Analyse du triptyque.


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Bosch Code. 

Étude du langage pictural de Jérôme Bosch. (16 110 mots, 165 images, 8,95 Mo, 
Interdit au moins de 12ans, en ligne le 17.12.2016. Auteur : Bernard Martin Renou).

Avertissement : Ne laissez pas les enfants de moins de 12 ans voir ces pages seuls. 
Un adulte doit les accompagner et leur expliquer les symboles, surtout si les enfants lisent mal, ne savent pas lire, ou ne comprennent pas les explications. 
Le discours moralisateur de Jérôme Bosch cherche à choquer, à effrayer et certaines images peuvent être violentes pour les enfants. 

Jérôme Bosch. (1450 -1516).
Les triptyques de Jérôme Bosch sont peuplés d’animaux étranges, d’êtres insolites et anormaux, 
parfois hybrides, dont le corps est d’une espèce et la tête d’une autre, à quelle fin ? 
Ces animaux bizarres et biscornus, souvent anormaux, sont-ils les alliés des hommes ou leurs ennemis ? 
D’où proviennent-ils ? Quelle est leur origine ? Comment arrivent-ils dans le monde fantastique de Bosch 
et pour quelle raison ? Nous avons tenté de les recenser et de les classer par espèces et par genres et tout 
de suite une évidence est apparue : la prépondérance des oiseaux. Pourquoi ? Dans quel but ? 
Suivez-nous tout au long de cette enquête passionnante au cœur des croyances religieuses du 
Moyen-âge mais aussi au plus profond de l’inconscient humain et de son symbolisme. 
Il est difficile de comprendre quelque chose dans les triptyques grouillant de personnages de Jérôme Bosch 
si vous n’avez pas le code… 

On vous montre les images insolites de l’œuvre de Bosch sans vous les expliquer. 
Lorsque des interprétations apparaissent le plus souvent elles sont fausses, erronées et en dehors du contexte de l’époque. Jérôme Bosch n’est pas un peintre surréaliste le surréalisme n’existe pas !
Pour Bosch le plus important ce n’est pas la morale mais la dénonciation des exactions de l’église elle même… 

L’origine des Oiseaux.
Clic sur 1, 2 et 3 pour connaître l’origine des oiseaux dans l’œuvre de Bosch.
Vous pouvez constater que la vision de Jérôme Bosch n’est pas du tout scientifique et que l’on est loin de Darwin et de la théorie de l’évolution. (L’ouvrage : « De l'origine des Espèces » du naturaliste Charles Darwin a été publié en 1859).
De tout temps l’homme a considéré l’air comme le milieu de l’esprit. Comme c’est l’environnement où évolue l’oiseau celui-ci est devenu un être d’esprit, analogue à la pensée. Depuis longtemps l’homme attribue à l’oiseau une nature presque divine et ce notamment à cause de la croyance que l’âme du défunt quitte son corps sous la forme d’un petit oiseau sortant de la bouche. L’oiseau devient ainsi l’allégorie de l’âme en général qui quitte la terre. En réalité il est rare que l’on puisse remuer de la terre sans attirer une multitude d’oiseaux. Comme l’homme a toujours enterré ses morts et que toute terre remuée attire les oiseaux le rapport avec l’au-delà vient de là. 
L’Activité des oiseaux. 
Souvent chez Bosch l’oiseau observe, c’est le cas ici pour la chouette dans le Chariot de foin. 4. Lorsque l’oiseau devient actif, souvent, les choses se gâtent pour l’homme comme nous verrons plus loin. Ici le démon ailé joue d’une longue flûte, il fait retentir aux oreilles de l’homme un son qui doit bien le perturber, vu l’instrument, tentations, envies, appétits, concupiscence… 

1/ Sous le créateur, à gauche du triptyque du jugement dernier de 1450 se déroule la lutte entre les anges, les archanges et les anges rebelles. Vaincus et chassés les anges rebelles sont expulsés des cieux et tombent sur terre. On voit en bas des créatures ailées qui chutent du firmament vers la terre. En réalité les anges rebelles sont des démons qui au final normalement doivent peupler les enfers. On ne distingue pas exactement leur formes. 

2/ Sous le créateur toujours, à gauche du triptyque du Chariot de Foin se déroule la même scène des anges rebelles, chassés des cieux et retombant sur terre. Sur ce triptyque on distingue nettement les formes que prennent les anges rebelles. Des oiseaux, des insectes, des créatures rampantes ailées. La métamorphose se produit au cours de la descente. De simples oiseaux se mêlent à des créatures diverses. Les oiseaux ont été contaminés. Il est clair que pour Bosch tout ce qui porte des ailes peut être assimilé à un démon ou à une force démoniaque. 

3/ Chassés des cieux, les anges rebelles se transforment en oiseaux et en insectes, en bas ils tombent dans la mer. Il est courant chez Bosch de voir des animaux marins voler ou des poissons avec des ailes. L’explication est ici. Les démons en tombant se transforment et ceux qui chutent dans la mer vont se changer en poissons et autres créatures marines. 

4/ Dans le triptyque du Chariot de Foin, au-dessus de la meule de foin se trouve un groupe de personnages. Le foin, dans ce triptyque représente les richesses de la vie. Ce groupe est encadré par un ange à gauche en robe bleu ciel, aux ailes rose pâle ressemblant à des ailes de papillon, qui est en position de prière, et à droite par une créature diabolique ailée, en bleu grisâtre aux larges ailes, dont la tête semble 
couronnée d'une parure en forme de nid d'oiseau, sa queue ressemble à celle d'un paon, symbole habituel de vanité. Ce démon joue d'une longue et fine flûte. Au-dessus, une chouette observe la scène. Elle est encadrée par deux oiseaux noirs, qui planent dans le ciel à l'arrière-plan. Oiseau nocturne qui guette sa proie dans l'obscurité la chouette a mauvaise réputation. elle a toujours effrayé les hommes 
parce que son cri dans la nuit semble provenir d'un animal beaucoup plus gros et dangereux. C'est l'oiseau des sorciers et sorcières. Chez Bosch comme ailleurs il est toujours un mauvais signe et possède une connotation maléfique. Dans le Chariot de Foin la présence de l'ange à gauche et du démon-oiseau à droite signifie que dans les richesses de la vie se trouve à la fois le bien mais aussi le mal.

Le panneau gauche du Jardin des Délices représente normalement un jardin paradisiaque : l’Eden (en hébreu : plaisir). Mais on voit chez Bosch que les oiseaux et les animaux sont déjà corrompus par les fruits entre autre... (5, 6, 7,8,9).

Le panneau central du Jardin des Délices montre des oiseaux apportant des fruits aux hommes. Hommes et oiseaux sont complices. Oiseaux ou poissons, fruits, homme tel est le déroulement de la contamination dans l'univers de Jérôme Bosch. ( 10 ,11, 12, 13, 14, 15, 16, 17, 18, 19, 20). 

Sur le panneau gauche du Jugement Dernier Bosch fait un historique de la relation homme-oiseaux. (21, 22, 23, 24, 25, 26, 27). 

Sur le panneau central l’homme est torturé de multiples manières. Jérôme Bosch brise à peu prés tous les tabous. L’Église elle-même n’est pas épargnée. 

C’est un univers effrayant qui cherche à terroriser le spectateur en lui montrant toutes sortes de souffrances physiques et morales. (28 à 46).

5/ Sur le panneau gauche du Jardin des délices, au loin, on peut voir des myriades d’oiseaux sortir de terre par ce qui semble l’entrée d’une caverne surmontée d’une sphère percée et de hautes flèches s’élançant vers le ciel, (allusion directe à la sexualité). Ce vol d’une centaine d’oiseaux fait plusieurs boucles dans le ciel et retourne sous terre par un orifice situé plus à gauche. Ils en ressortent en marchant, sur l’avant il s’agit d’ oiseaux blancs qui picorent le sol, sur le côté sortent des oiseaux noirs qui entrent dans un œuf brisé surmonté d’un oiseau énorme. L’œuf brisé est le symbole d’une maternité impossible et d’une sexualité orientée vers le plaisir des sens. Depuis toujours l’homme observe le comportement des oiseaux et aussi leur conduite amoureuse. Il utilise depuis longtemps certaines allégories se rapportant à la vie sexuelle de l’homme. Certaines tournures du langage populaire ne laissent aucun doutes. Chacun sait ce que signifie un homme ou une femme volage. 
Le panneau gauche du jardin des délices représente la création. Donc, dans le monde selon Bosch l’oiseau se comporte un peu comme la chauve-souris séjournant parfois sous terre et parfois à l’air libre. C’est faux pour une grande majorité d’oiseaux d’un point de vue naturaliste, par contre, si l’on veut bien se remémorer que l’enfer se trouve sous-terre on voit bien que chez Jérôme Bosch, l’oiseau, comme d’autres animaux de la création, n’est pas un animal neutre mais un envoyé des enfers et de satan. 

6/ Juste en dessous on voit des oiseaux aquatiques, canards, hérons, qui s’ébattent et se nourrissent dans l’eau. A proximité se trouve un arbre chargé de multiples fruits rouges. Sur la droite se déroule une scène étonnante. Un oiseau est perché sur un tube. En dessous se trouvent des fruits qui sont tombés dans l’eau. C’est le panneau gauche du triptyque du Jardin des Délices, il représente le Paradis et à cet endroit il faut se souvenir que toucher aux fruits est interdit. 

7/ Encore plus à droite sur le même panneau on constate que 2 oiseaux sont perchés de chaque côté du monument central, à droite un paon, symbole de vanité, à gauche un oiseau du même genre, certainement imaginaire, mais à la queue aussi longue. Au centre, dans un trou, se trouve une chouette dont il faut rappeler quelle symbolise le mal et la sorcellerie. On constate qu’en fait 2 oiseaux, 1 de chaque côté, sont perchés sur des tubes qui sont plantés sur des fruits, des perles, et des moules. Ces monuments qui se trouvent sur le panneau gauche et le panneau central du Triptyque le Jardin des Délices sont de puissants symboles à la fois de la sexualité féminine, par les rondeurs, et de la sexualité masculine par les flèches qui s’élancent en hauteur. Selon la logique de Jérôme Bosch les oiseaux ont donc cherché à accéder aux fruits défendus avant que l’homme n’y goûte lui-même.
Cela semble logique puisque selon la tradition populaire le mal prend la forme d’un animal (un serpent) pour proposer une pomme aux humains. 
Pourtant le terme de péché originel n'apparaît pas dans la Bible. Il renvoie au récit de la Genèse qui relate comment Adam et Ève transgressèrent la loi divine en mangeant le fruit de l'arbre de la connaissance du bien et du mal. 

8/ A droite sous l’arbre de la tentation qui porte des fruits, des animaux rampant sortent de l’eau. Une sorte de salamandre à 3 têtes, des reptiles, des batraciens… 
Sur l’arbre un serpent est enroulé. Un oiseau aquatique n’est pas bien loin de ces animaux à sang froid. Même aujourd’hui l’homme recule devant un petit serpent inoffensif. La Bible a fait du serpent l’ennemi de l’homme. Le serpent menace les humains par sa morsure venimeuse et peut l’étouffer en l’enlaçant puissamment. 
Ses mouvements sont silencieux et, sans pattes, il se déplace sur le sol par des mouvements tortueux. La couleur du serpent, le noir, symbolise les forces obscures du mal. Le serpent représente une puissante énergie psychique négative qui est restée dans l’ombre, une énergie archaïque aussi vieille que cet animal préhistorique. 

9/ Devant Adam et Eve et le Créateur, sur le panneau gauche du Jardin des Délices des animaux s’ébattent dans et autour de l’eau. Un oiseau à 3 têtes qui symbolise peut être la trinité mais aussi un animal dont la nature est triple, une licorne aquatique, un poisson avec des ailes, un canard dont le corps est un poisson qui est en train de lire dans l’eau ! Dans l’univers de Bosch les limites entre les espèces n’existent pas, les animaux sont à la fois oiseaux et poissons, et la séparation entre l’homme et l’animal, si un oiseau-poisson peut lire dés la création, n’est pas simple à comprendre. Un animal dont l’espèce est double s’il est capable de lire est déjà une créature proche du démon. 

10/ Sur la gauche du panneau central du Jardin des Délices, hommes et oiseaux regardent vers le centre où se déroule une ronde. Hommes et oiseaux sont proches.
2 hommes chevauchent les oiseaux. L’un porte une capuche rouge, l’autre une capuche transparente en forme de goutte d’eau. 

11/ Un peu plus à droite un oiseau donne un fruit à 3 hommes qui semblent affamés. 
Juste à coté un couple danse dans l’eau. La danse est une simulation de l’acte sexuel. Dans ce panneau central Bosch aborde la sexualité indirectement en utilisant le symbolisme érotique des fruits roses, rouges ou violets. Il utilise même le symbolisme des fruits de mer. Si les hommes reçoivent la sexualité des oiseaux, qui en réalité sont les anges déchus, donc des démons, les multiples formes de sexualité sont un chemin vers la damnation. 

12/ La scène du don d’un fruit par un oiseau se répète. Les hommes sont de plus en plus nombreux. 

13/ Pour bien signifier que ce que font ces hommes dans cette sphère est contre nature, l’oiseau est représenté perché à l’envers ! 

14/ Un canard donne un fruit rouge à un homme bouche ouverte. 
A côté des êtres marchent sur les mains l'un semble avoir un fruit à la place de la tête, l'autre des ailes d'oiseaux. De la grande sphère bleue une main sort et caresse le corps d'un poisson ! Oiseau, fruit, homme tel semble être le chemin de la contamination dans l'univers de Jérôme Bosch. 

15/ Ce que fait le couple à l'intérieur de cette moule est clair. Les perles sont les gouttes d'un liquide que le spectateur imagine aisément. Le symbolisme du fruit de mer, plus connu de la population, est utilisé pour préciser le symbolisme des fruits rouges ou noirs, pommes, fraises, framboises, mûres. Ces fruits sont d'ailleurs à proximité pour lever toute équivoque. Dans les triptyques qui sont destinés aux églises Jérôme Bosch s'adresse aux gens du peuple. 

16/ Cet homme frisé au teint gris sombre semble très attaché à sa chouette. 
A la trilogie oiseau, fruit, hommes, ici, Bosch ajoute la fleur. Ce qui est logique. 
En homme cultivé Bosch sait qu'une fleur ouverte montre ses organes génitaux aux yeux de tous. Pour cette raison Bosch place à l'intérieur de la fleur ouverte un fruit rouge. La bulle qui se trouve autour du fruit et des personnages est un œuf, soit un rappel de l'utilité de la sexualité en ce qui concerne la reproduction. C'est une accusation de détournement.

17/ Cette scène est un résumé de l’histoire de l’homme revisitée par Bosch.
Un couple dos à dos tient des fruits dans chaque mains, un arbre fruitier s’enroule autour d’eux. Ils sont coiffés d’un fruit surmonté d’une chouette. Plus bas à droite un oiseau noir et bleu a apporté un fruit rouge, certainement une pomme, à une femme qui semble lui rendre hommage. Pour Bosch, les oiseaux, en réalité les anges rebelles déchus, donc des démons, ont apporté la sexualité aux hommes, sous forme de fruits ou de fleurs ici, pour les conduire à la damnation éternelle. 

18/ Dans le ciel du panneau central du Jardin des Délices circulent de curieux attelages. Cet homme est perché sur animal fantastique ailé dont le corps est celui d’un cheval et la tête celle d’un aigle. Il tient dans ses griffes un animal rampant qu’il a capturé. L’homme porte dans ces bras la branche d’un arbre sur laquelle un oiseau est perché. Cette représentation insiste sur la complicité qui unirait les hommes et les oiseaux. 

19/ Au centre c’est un démon qui chevauche un poisson ailé. Au bout de sa lance il transporte un fruit. Pour Bosch la différence entre oiseaux et poissons est toute relative. Les uns et les autres sont en contact avec les démons. 

20/ A droite plusieurs représentations insistent sur les rapports étroits entre démons, oiseaux, poissons et fruits. Les démons ailés transportent des fruits mais aussi des poissons.

21/ Sur le panneau gauche du Triptyque du Jugement Dernier de 1480, dans les nuages, Bosch laisse deviner la présence du Créateur. Autour de lui se trouvent 3 anges qui symbolisent la Sainte Trinité. En dessous un 4ème ange se situe entre ciel et terre. On ne sait pas s’il est en train de tomber. 

22/ Plus bas encore 2 autres anges se font face en volant. Ils ont bien un corps humain et des ailes. A droite une créature vole mais il est difficile de l’identifier, elle est trop éloignée. Dessous des oiseaux sont en train de voler. Ici Jérôme Bosch rappelle qu’elle est pour lui l’origine des oiseaux. Les oiseaux sont des anges rebelles expulsés des cieux qui se sont métamorphosés en oiseaux et en insectes en tombant. Donc des démons. Ceux qui sont tombés dans la mer sont devenus des poissons, qui, chez Bosch, ont souvent des ailes. 

23/ Sur terre, à la lisière d’une forêt un homme tente de capturer un oiseau perché dans un arbre avec un grand filet à papillon. C’est une manière assez naïve pour essayer d’attraper un oiseau… Ce moyen n’est pas du tout adapté. 
Cette allusion directe à la chasse insiste sur la naïveté de l’homme qui se comporte plutôt ici en enfant. 

24/ L’homme se montre aussi vaniteux en essayant d’imiter la splendeur des plumes du paon par divers artifices. 

25/ Le Bateau des âmes sauvées. Cette embarcation se dirige du côté opposé à l’enfer. Elle possède à sa proue 3 anges qui sonnent des trompettes. Les fidèles sont regroupés sous une tente. En signe de rédemption un ange brandit une croix. Les autres personnages tirant ou grimpant sur le cordage sont les matelots, membres de l’équipage. Même ici 2 oiseaux, un noir et un blanc, symboles du bien et du mal, surveillent ce qu’il se passe. 

26/ Devant, sur la droite, une harpiste joue de son instrument. 2 hommes l’écoutent à genou le troisième est debout. Un des 2 hommes tient dans sa main un oiseau blanc. 
L’artiste est coiffée d’une parure montrant une croix. Si l’on regarde attentivement on voit que dans son dos elle possède des ailes. Il est donc suggéré qu’il s’agit d’un être divin. Si l’on considère ce qu’il se passe en face (27), la notion de choix et de libre arbitre apparaît. 

27/ Un couple se tient derrière une plante creuse qui contient un fruit rond et sombre. 
Un 3ème personnage escalade ce qui pourrait être un pétale mais qui prend la forme d’une griffe d’oiseau pour atteindre un fruit rond situé au-dessus. C’est une allusion claire à la sexualité et aux organes génitaux des 2 sexes. 
Sur ce panneau d’autres allusions à la sexualité existent. Une autre aussi évidente est celle-ci. 

28/ Sur le panneau central les tortures débutent. Ce groupe d’hommes est condamné à faire une ronde autour d’une cornemuse simple qui n’a qu’un seul tuyau. Depuis l’antiquité la cornemuse est connue dans toute l’Europe ainsi que dans l’Ouest de l’Asie , elle est utilisée par les bergers. L’estomac d’une brebis et un roseau taillé suffit à la fabriquer. La cornemuse est l’instrument du peuple. A côté un démon ailé torture un humain enfermé dans une cage d’épines. Tout ceci se déroule sous le regard d’un oiseau perché sur l’instrument de musique. 

29/ Bosch semble trouver un malin plaisir à inverser les rôles. Ici c’est le corps du harpiste attaché qui sert de corde aux doigts griffus d’un démon dont les jambes sont les branches d’un arbre. A gauche un serpent est enroulé sur le cadre. Le même genre de harpe figure aussi sur le panneau droit représentant l’enfer du Jardin des Délices. C’est toujours une harpe arquée, ou cintrée, dont la console part du corps de l’instrument et forme avec ce dernier une courbe, elle est différente de la harpe triangulaire dont la console et le corps sont à angle droit.
Instrument à vent ou à corde (cornemuse, trompette, flûte, harpe, guitare, mandoline) la musique possède quelque chose de maudit pour Bosch. Tout ce qui peut distraire l’homme (de dieu) et lui permettre de s’amuser est condamné. 

30/ Cette étrange embarcation n’a rien d’humain. Elle a la forme d’une tête de poisson carnivore. De plus il semble que des démons soient à la manœuvre.

31/ Devant l’ouverture d’une jarre renversée sur laquelle sont sculptés des crapauds, un homme tend une bourse d’argent au-dessus d’une carte. Il est assis sur une barrique, dans son dos un démon à la tête d’oiseau et aux ailes d’insecte pose sa main sur son épaule. En considérant la jarre et la barrique il faut en conclure qu’il s’agit ici d’une affaire concernant le vin. Bosch dénonce les spéculateurs et la spéculation, cet homme achète un vignoble pour s’enrichir. 

32/ C’est une meule qui sert à moudre le grain. 2 hommes tirent sur une corde pour écraser d’autres humains ! Un démon à tête de cochon manie le fouet, un autre démon insecte est lui posé sur la cheminée. Une créature maléfique au long bec d’oiseau semble diriger la scène. Jérôme Bosch détourne les instruments de l’agriculture pour en faire des instruments de torture. 

33/ Habillés en moines, des créatures aux têtes et aux corps d’animaux, donc certainement des démons, tentent de faire signer un document à un homme qui semble hésiter. Un des personnages tend la main, donc demande quelque chose. En tant que membre de la Confrérie de Notre-Dame, Jérôme Bosch connaît le système des indulgences, le pardon des péchés, distribués par le pape et les évêques, contre de belles sommes d’argent. C’est ce qui semble être dénoncé ici.

34/ Ce qu’il se passe sous cette tente confirme ce qu’il y a à l’extérieur. Tandis qu’un animal mort, certainement sacrifié, est monté sur le toit par un démon à l’aide d’une échelle, à l’intérieur un homme aux mains jointes, portant la coiffe d’un évêque, négocie avec les forces du mal. Sur la table se trouve un crapaud, un serpent et un batracien. Le balai qui se dresse à l’arrière plan, instrument des sorcières, ainsi que les pieds en forme de patte d’oiseau de la femme en bleu assise au premier plan ne laisse planer aucun doute. En pointillé il faut aussi lire : « N’ayez pas confiance en l’Église ». 

35/ Dans ce tonneau des démons à l’apparence de mammifères carnivores, chiens ou loups, avec des ailes en forme d’épines dévorent des humains. Le tonneau est percé sur les côtés. Des hommes sont condamnés à boire le liquide qui s’écoule à l’extérieur. Ce liquide les rend tellement malades qu’ils l’expulsent de toutes les manières possibles. Bosch ne brise pas encore le tabou du cannibalisme mais il s’en approche lentement. 

36/ Ces créatures hybrides ne sont pas des démons. Les démons ont toujours un visage d’oiseau ou d’animal et des ailes ou un bec. Ce sont des hommes qui ont été transformés. C’est pour cette raison qu’ils ont conservé un visage humain. 
Montrer la transformation est, pour Bosch, le meilleur moyen de mettre en garde en utilisant la peur. 

37/ Ce démon au visage d’un animal noir (singe ou félin) est habillé de rose et possède des ailes mi-oiseau mi-insecte de couleur bleues. Un ange ou la vierge pourrait arborer les mêmes couleurs. Un livre est posé devant lui, signe de pouvoir. C’est donc lui qui dirige les choses dans ce secteur. 

38/ Ce démon cuisinier est en train d’arroser sa grillade avant de la faire rôtir. On distingue du feu à l’arrière, il y a aussi un démon caché derrière le mur dans l’ombre et un autre qui apparaît à la fenêtre avec une tête de bovidé. On reconnaît nettement la forme de ce qui va passer sur le grill. Le cannibalisme en tant que pratique rituelle qui consiste à manger de la chair humaine est un phénomène social observé dans certaines sociétés traditionnelles. Selon certaines croyances, le fait de manger le corps d'un ennemi permettrait de détruire totalement l'âme de celui-ci, qui ne trouverait plus où se loger. Le cannibalisme faisait partie d'une pratique religieuse. En Inde centrale, les adorateurs de la déesse Kali mangeaient le corps des personnes âgées et des malades, cet acte étant censé réjouir leur déesse, selon leur croyance. Au Mexique, des milliers de victimes humaines étaient sacrifiées tous les ans par les Aztèques à leurs divinités. Après la cérémonie du sacrifice, les prêtres et la population mangeaient les corps des victimes, croyant qu'ils se rapprocheraient ainsi de leurs dieux. Dans les sociétés occidentales, le cannibalisme n'a jamais existé en tant que rite institutionnalisé. Au contraire le fait de manger de la chair humaine ou d’en faire manger aux dieux est synonyme de damnation dans tous les mythes et toutes les religions bien avant l’antiquité. 

39/ Cet attelage infernal se compose d’un animal à la tête de souris, avec des oreilles décorées comme des ailes et des pattes garnies de sabots. Dans des chaudrons sur les côtés, des êtres humains, dont une sœur, sont transportés vers une destination que le spectateur devine aisément vu le moyen de transport et la proximité du grill… Un démon grisâtre au long bec conduit l’attelage à l’aide d’un fouet. A l’arrière plan un poisson suspendu à un arbre rend la scène assez surréaliste à notre époque, mais du temps de Jérôme Bosch c’est effrayant, car le poisson a toujours été le symbole des Chrétiens. En résumé le poisson pendu signifie : « on va manger du chrétien » ce qui explique la présence d’une none dans un des chaudrons. 

40/ Cette armée démoniaque avance en ordre de bataille. Devant un poisson épée avec des pattes d’insecte fait rouler une barrique contenant un homme nu, derrière des bêtes à cornes ou ailées, des êtres à becs d’oiseaux ou en armure, une créature à tête de singe possède même des griffes sur la tête en guise de casque. Devant toujours, une créature porte un bouclier troué dans lequel elle fait passer sa lance. A son coté un homme est perché sur un casque de guerre porté par un chariot. 
C’est un peu l’anarchie, on ne sait ni où ils vont ni d’où ils viennent mais ce groupe exprime beaucoup de violence. 

41/ Ici Bosch imagine un système diabolique utilisé pour nourrir un démon. La roue d'un moulin à eau, garnie de piques, sert à embrocher les humains et les conduit dans la bouche d'un démon qui les dévore. Sa coiffe rose est ornée d'une plume 
d'oiseau, sur sa tête un homme est en cage. Son corps est semblable à un oiseau, il y a aussi des oiseaux devant ainsi qu'à l'arrière plan. Chez Jérôme Bosch tout ce qui 
est diabolique est de prêt ou de loin relié à l'oiseau. On peut parler d'oiseau de malheur. L'artiste utilise une image millénaire provenant de la mythologie 
grecque, la même image explique les ogres cannibales dans les contes pour enfant, ainsi que la célèbre toile de Goya. 
Dans la mythologie grecque Cronos est un des 6 Titans, devenu maître de l'Univers après avoir détrôné son père Ouranos, il est lui-même détrôné par son fils Zeus. 
De l'union de Cronos et de Rhéa naissent les déesses Hestia, Déméter et Héra, et les dieux Hadès et Poséidon. Mais, Gaia l'ayant informé qu'il serait détrôné par l'un de ses enfants, Cronos dévore chacun d'eux après leur naissance. Cependant, Rhéa parvient à substituer une pierre enveloppée de langes au sixième enfant, Zeus, qu'elle cache en Crète. Parvenu à l'âge adulte, avec l'aide de Gaia et de sa première épouse Métis, Zeus contraint Cronos à restituer ses enfants. 

42/ La Forge du Diable. 
Ici un démon ailé arborant de grandes cornes de cerf et des griffes, guide les hommes vers une forge. Un forgeron encapuchonné est occupé à frapper de son marteau un pauvre bougre pour qu’il prenne la bonne forme. C’est à dire qu’il lui case le dos et les genoux pour qu’il ne puisse plus se mettre debout. On voit derrière la forge le résultat de la manipulation. Les hommes sont accroupis sur le sol, seule leur tête est en contact avec celui-ci. Bien entendu un démon ailé à la tête de félin désigne le feu de la forge. Le fait que le forgeron soit habillé en moine est à rapprocher au livre le marteau des sorcières qui date de 1486, un manuel destiné aux inquisiteurs et recensant toutes les pratiques magiques.


43/ Pour qui sonne le glas ?

Un démon aux ailes bleues, mi-oiseau, mi- insecte, est en train de hisser un homme aux mains attachées dans le dos au sommet d’un arbre. 
Sous cette scène une énorme cloche sur laquelle des croix celtiques sont gravées est représentée. Son battant est un corps humain ! 
À partir du 6ème siècle, les cloches jouent un rôle fondamental dans la chrétienté, elles servent à appeler les fidèles à l’office. De tout temps, les cloches ont servi de signal, mais aussi d’objets rituels servant à se protéger. Ici Bosch utilise un objet rituel dont la fonction est de signaler ou d’appeler et en fait un objet de torture, donc il le détourne en objet de malédiction. 

44/ La découpe. 

Sous la cloche au pied de l’arbre, un démon armé d’une épée s’emploie à la découpe. 
Les corps sont placés sur la lame d’un gigantesque couteau pour être débités en morceaux. L’endroit n’est pas neutre car la scène se déroule à l’intérieur des valves d’une énorme moule. L’allusion sexuelle est claire et l’artiste signifie au spectateur chrétien « tu périras par où tu as péché ». Des bras, des jambes, des têtes se trouvent sur le sol à proximité, et même un homme décapité, tandis d’un démon à la robe rose et à tête d’oiseau précipite les restes humains dans un trou. 

45/ Cette chaussure à pointes est le pendant du bateau des âmes sauvées (25).
C’est la chaussure des âmes damnées. Ceux qui sont à l’intérieur sont poursuivit par une armée de démons armés. Dans le cordage un homme est retenu prisonnier. 

46/ Au-dessus dans les cieux, se trouve le Christ portant les stigmates. Il est entouré d’anges et de saints. Sur sa droite une branche de laurier, sur sa gauche un couteau. 
La branche sert à glorifier et à sanctifier le couteau sert à châtier et à punir. 
Ce n’est pas une représentation traditionnelle du Christ conforme aux canons de l’église car le Christ signifie rédemption, pardon des péchés et miséricorde. Par contre cette représentation est conforme à ce qu’il se passe en dessous, c’est à dire que le christ se venge et que ceux qui ont vécu dans le péché seront châtiés. 
Ceci confirme que la volonté de Jérôme Bosch est d'effrayer et de faire peur.

La Tentation de Saint Antoine. (1495).

Dans ce triptyque Bosch change de registre. Bien sûr il continue de dénoncer sorcellerie et superstition mais il fait aussi écho aux critiques qui à l’époque perturbent les institutions religieuses. Mais il ne peut pas le faire directement donc il utilise des paraboles, des allusions, les tentations du saint sont parfois des illusions mais aussi parfois se sont de virulentes critiques sociales sur le trafic et le commerce des indulgences sur le manque de morale des membres du clergé…. Ce double langage tient compte à la fois de la censure religieuse mais aussi de l’inquisition… 
Jérôme Bosch dénonce les mêmes faits qui conduiront à la Réforme de Martin Luther en 1517. 

47/ Saint Antoine est en prière les 2 mains jointes. Il est entouré de démons, une grenouille avec des ailes déployées, un démon aux longues dents tenant une branche, un autre dont la tête plonge sous la cape du saint. Un démon ailé au-dessus chevauche un poisson et en transporte un autre dans les bras. La scène est un peu surréaliste mais nous savons que pour Bosch les démons peuvent être oiseaux, mammifères ou poissons, c’est du pareil au même. Les démons ne semblent pas déranger le saint qui, probablement, ne les voit pas. La robe du saint arbore la croix en tau (de la lettre grecque t) ou croix de Saint-Antoine, en forme de T.

48/ Un oiseau (1) et un poisson (2) portent un bateau. Les hommes semblent avoir beaucoup de mal à maîtriser le navire. Un poisson (3) vient dévorer l’équipage sur le bateau. Le poisson (3) évoque les pulsions. Un homme se tient dans une position qui évoque la folie (4). A l’arrière une barque avec un corps humain à l’envers est attachée (5). En dessous un démon insecte tenant une faux (6) est en train de piquer vers le sol ou de plonger. La scène est déroutante car elle peut s’appliquer aussi bien à l’air qu’à l’eau. Elle signifie en résumé que si l’être humain et ses pulsions sont sensibles à la folie et si l’homme peut devenir fou, il en est de même pour le mal. Donc si l’être humain est fou le mal lui aussi devient fou. Comme le tableau concerne les visions du saint cet éclairage est important. 

49/ Cette scène représente un poisson surmonté d’une chapelle qui en avale un autre. Il avance grâce à une roue qui est un bouclier comme s’il était en guerre. Bien avant la croix le poisson est le symbole des chrétiens. Matthieu 4.18 : Au bord de la mer de Galilée le Christ voit 2 frères, Simon appelé Pierre, et André, son frère, qui jetaient un filet dans la mer; en effet, ils étaient pêcheurs. Il leur dit : Suivez-moi, et je vous ferai pêcheurs d’hommes. Depuis lors les chrétiens sont des poissons et se reconnaissent par ce signe. Si un poisson en avale un autre c’est qu’il y a des dissensions dans l’église. 
L’histoire retient que la réforme protestante est lancée en 1517 en Allemagne par Luther, avec la publication de ses 95 thèses dénonçant le principe et la pratique des indulgences, le même thème que Jérôme Bosch connaît et aborde dans les triptyques. Et ici même en bas du panneau. Pourtant bien avant 1517 des tensions agitent l’église catholique. 1450 est la date de l’invention de l’imprimerie par Gutenberg. Entre 1450 et 1500, plus de 6 000 œuvres sont imprimées. La conséquence directe est que les idées circulent plus vite en Europe. Déjà Au 14ème siècle, le réformateur anglais John Wycliffe (1330 - 1384) attaque vigoureusement la papauté, dénonçant la vente des indulgences, les pèlerinages, le culte excessif des saints et le niveau moral et intellectuel des prêtres. Pour toucher les gens simples, il traduit la Bible en anglais et prononce ses sermons en anglais plutôt qu'en latin. Son enseignement se propage jusqu'en Bohême, où il est repris par le réformateur tchèque Jan Hus. L'exécution de Hus, brûlé comme hérétique en 1415, déclenche les guerres hussites. Ces guerres préfigurent la guerre religieuse qui éclate en Allemagne à l'époque de Luther. 
50/ Cet homme est en très mauvaise posture. Non seulement une flèche lui transperce la tête mais son corps est utilisé comme lieu de plaisir contre son grés.
La position de l’homme, à 4 pattes, symbolise l’avilissement de la personne. Il est possible que Bosch fasse allusion à un endroit renommé à l’époque dont le nom évoquerais cette scène. Toujours est-il que l’allusion sexuelle est claire. La porte est située juste où il le faut pour cela. 
51/ Sur la droite un évêque montre le lieu de perdition à un cardinal et à un moine.
Le cardinal possède une tête de cerf le moine une tête d’oiseau. Ce sont des démons. Comme John Wycliffe et Jan Hus, Bosch profite du thème du tableau pour dénoncer le niveau moral de certains membres du clergé. 
52/ Sur la gauche un démon à la tête humaine et à la chevelure d’oiseau, chaussé de bottes, avec un oiseau posé sur la queue, joue de la cornemuse. Cet être hybride représente à la fois le mal et la folie. 
53/ Au centre du panneau Saint Antoine, courbé en deux, est soutenu par 2 moines et un homme au costume rouge dont le visage nous semble familier. Le même visage est utilisé dans l’Enfer du Jardin des Délices c’est à dire le panneau droit. 
Il s’agit très probablement d’un autoportrait de l’artiste, donc de Jérôme Bosch lui-même. 
54/ Perché sur un œuf un oiseau est en train d’engloutir une grenouille. De jeunes oiseaux sont en train de sortir de l’œuf tandis que sur le sol des créatures rampantes surgissent du sol et se dirigent dans tous les sens. Cette représentation sert de cadre à ce qu’il se passe plus à droite. Un peu comme l’inconscient dans un rêve de situation, l’artiste dit au spectateur : ici vous êtes en enfer. A cet effet il utilise les oiseaux, qui chez Bosch sont des démons, et en profite pour rappeler ( présence de l’œuf, la vie, et de l’oiseau qui se nourrit, la mort), que les lois naturelles du monde s’appliquent toujours, quoi qu’il arrive. 

55/ Sous le pont 3 démons à têtes d’oiseaux et de singe, armés, viennent chercher un notable du clergé qui possède dans la main une indulgence ou un pardon. Mais comble de malheur un des démons, l’oiseau à la cape rouge dont le chapeau est un entonnoir, porte lui-même une indulgence ! Ceci signifie que les indulgences ou les pardons de l’église ne servent à rien. Bosch entre dans la fameuse « querelle des indulgences » qui est directement à l’origine de la réforme de Martin Luther. 
Une indulgence dans la pratique de l'église catholique romaine, est une rémission totale ou partielle de la punition temporelle pour les péchés pardonnés. Elle est accordée par une autorité ecclésiastique. Dans l'église chrétienne des premiers temps, de sévères pénitences sont imposées par le prêtre ou l'évêque local à tous ceux qui sont coupables de péchés graves. On pense que les péchés peuvent être rachetés, au moins partiellement, par le pécheur, dans ce monde plutôt que dans l'autre. Pour racheter ses péchés, le clergé impose au pécheur des jeûnes, des pèlerinages, des flagellations et d'autres pénitences plus ou moins sévères. Progressivement, les autorités de l'église les remplacent par des pénitences moins rudes, telles que prières et des dons. Au Moyen Âge, l'octroi d'indulgences est l'objet d'excès. Le fait qu'elles deviennent l'objet d'un véritable trafic ou commerce, et semblent devenir indépendantes de toute démarche personnelle d’évolution est, au 16ème siècle, l'une des causes de la rupture de Martin Luther avec le pouvoir catholique romain, ce qui donne ainsi naissance à la réforme protestante.

56/ En haut du panneau central sur la gauche on peut voir un démon chevauchant un poisson volant, à son côté un arbre et, perché sur celui-ci, un oiseau au long bec. 
Derrière lui au fond des flammes à droite et à gauche une armée qui avance avec des étendards rouge sang. La scène est reprise plus bas où l’armée franchit un pont pour entrer dans un village. Bosch fait sans doute référence aux nombreuses révoltes et batailles qui ont marqué le sud des pays bas à cette époque. La dynastie habsbourgeoise a de grandes difficultés à s’imposer face aux particularismes et identités des provinces. Ainsi, en 1488, Maximilien Ier est fait prisonnier par les artisans brugeois révoltés.
57/ Au centre, toujours dans le ciel, Bosch nous montre un démon chevauchant une pièce avec des ailes qui, avec un filet à papillon, cherche à capturer des oiseaux. Cette scène de la capture des oiseaux a été déjà vue, l’artiste confirme la filiation diabolique de tous les volatiles. 
58/ Sous des démons ailés l’église est détruite et le village brûle. La population est dans la rue. Le ciel est en feu. 

59/ Au centre un premier groupe approche sur la gauche. Il est composé de 3 démons, d’une sorcière et d’un animal retourné pendu à une roue. Le démon à l’arrière à gauche est en armure un bras armé d’une épée sort de son casque. Devant lui une créature hybride, avec une cape rouge, avance, avec sur la tête une potiche brisée qui contient une fleur. Sur sa droite se tient une sorcière aux gants de fer, elle est coiffée de la souche creuse d’un arbre qui possède 3 branches principales, sur celle du milieu un chapeau orné d’une plume est accroché. Son arc repose sous son coude gauche. Dans sa main droite elle tient un démon qu’elle a sans doute capturé dont le flan est percé d’une flèche. Ce démon possède les pattes d’un cerf, des ailes et la tête d’une créature inconnue avec des dents et une large langue. Au-dessus d’eux une roue, utilisée comme une bannière sur laquelle est posé un corbeau, un membre humain, et le corps suspendu d’un animal transpercé dont la tête n’est pas visible. Cette roue évoque le supplice du même nom. On soupçonnait les sorcières d’acheter les restes d’humains suppliciés aux bourreaux pour se livrer à des expériences malfaisantes. Le groupe semble venir faire une offrande. Au Moyen Âge, la femme inspire la crainte des hommes. Le simple mystère de l'enfantement justifie à lui seul l'idée que la femme est un être démoniaque, capable de charmer et d'envoûter, voire de composer des filtres divers. La sorcière représente également la femme tentatrice, d’autant plus menaçante que l’Église cherche à imposer le célibat ecclésiastique. 

60/ Cet étrange attelage est fait de démons, de 2 oiseaux de divers animaux et d’un homme dans un panier qui brandit une épée. Tout ceci évoque un défilé de carnaval. Carnaval est la période de festivités ayant lieu durant la saison qui précède le Carême. Le mot vient du latin médiéval carnelevare, qui signifie enlever ou retirer la viande, les catholiques ne mangent pas de viande durant les 40 jours du Carême. 
Le cocher porte un masque de squelette (dont la viande a été retirée) et joue d’une harpe qui porte sur sa hampe un démon ailé. 

61/ Cet homme coiffé d’un haut de forme et habillé de rouge orangé présente devant lui un pied humain. A son côté est posée son épée qui cache un membre en bois. On comprend que l’homme cherche à négocier son propre pied ! 

62/ A l’avant de la barque un démon noir a jeté son filet dans lequel se trouvent des poissons, une anguille, un poisson à tête de souris un autre à tête d’oiseau. A côté de lui un autre démon noir vêtu d’une capuche grise remue avec une longue cuillère la future soupe. Au vu de la scène on comprend que présent et futur se mêlent. 
63/ La barque est le corps d’un poisson en armure, disposant d’une queue de scorpion et armé d’une épée. Le bas du panneau central est surtout constitué d’eau et de poisson. L’eau représente l’inconscient et les poissons sont des pulsions instinctives anciennes et violentes, un contenu ancien et des archétypes puissants. Ce sont des forces primitives que l’homme a normalement oublié. 

64/ Cette scène ressemble à un carnaval lacustre. Elle peut être le pendant marin de 60. Cet attelage évoque l’oiseau et le poisson, il contient un prisonnier qui lui aussi dispose d’une indulgence qui ne sert à rien. Le démon-cocher manœuvre une voile faîte d’une méduse et du cadavre d’une raie écorchée. L’embarcation traîne une barque plus petite contenant un petit enfant qu’un oiseau torture. La destination du voyage est sans aucun doute l’enfer. 

65/ Cette scène représente un démon, sorcier ou alchimiste, avec des binocles et son assistant, un entonnoir sur la tête, qui sont en train de consulter un grimoire. Derrière eux un oiseau au long bec niche dans un casque, son nid et son œuf se situent au-dessus de lui. La cape du sorcier est percée et l’on voit ses côtes et ses organes internes. On peut en déduire que leurs recherches concerne l’anatomie. A cette époque, pour l’église, toute recherche scientifique est interdite et sévèrement condamnée par l’inquisition. 

66/ Ce groupe de personnages est composé d’une cruche avec des pattes, d’une fleur avec des ailes et en armure, d’un sorcier qui tourne le dos, d’une souris qui porte une sorcière tenant dans ses mains un petit bébé, d’un homme avec une pomme sur la tête, d’un cheval et d’un oiseau en armure. Au-dessous se trouve un enfant avec un bol de soupe sur la tête. Cette assemblée hétéroclite évoque la magie, la sorcellerie et l’évidente folie qui découle de ces pratiques. 

67/ Dans le ciel, à droite, 2 embarcations s’affrontent. Symboliquement il s’agit de la lutte entre le bien et le mal. Le bien est représenté par l’oiseau blanc, le mal par l’armure ailée. 

68/ Cette tour est en ruine. Des animaux, des insectes, des démons et des créatures malfaisantes se trouvent à son sommet. Rappelons que pour Jérôme Bosch tout ce qui porte des ailes provient des enfers. 

69/ Le spectateur pourrait croire qu’il s’agit d’un édifice religieux mais : des flammes sortent de la cheminée, des oiseaux sont posés sur le toit de chaume, le bâtiment se lézarde un peu partout, des arbres et des branches sortent sur les côtés, un soufflet est même suspendu à l’une d’elle. De plus, un être humain, les mains jointes semble se préparer à sauter en bas ou à être sacrifié, des moines sont en file indienne et la tenancière leur sert à boire, vu la barrique et la carafe ce n’est certainement pas de l’eau. Il s’agit d’une vision du saint mais en pointillé il faut lire : l’église est parfois corrompue… 

70/ En dessous derrière les fenêtres un oiseau porte une échelle, un cerf a un singe sur le dos. Sur la droite on demande à un serviteur de remonter un des humains qui nagent plus bas. L’horloge n’indique pas l’heure mais les signes du zodiaque ! Sur la tige de bois qui sert à remonter des corps des dizaines d’oiseaux sont perchés.

71/ 2 démons musiciens s’approchent de la table au centre. Le premier a une chouette sur la tête et un museau en forme de groin. Il est armé d’une dague courte et porte une mandoline sous le bras droit. Il tient en laisse un petit chien assis derrière qui porte un capuchon rouge. Derrière lui le second personnage s’appuie sur une longue canne, il porte un luth à la ceinture. Il semble bossu et aveugle car il s’accroche à son compère devant lui. Son genou repose sur une béquille en bois. 
Les 2 personnages sont affublés de longues queues hérissées d'aiguillons. Voici une scène qui démontre encore que chez Bosch tout ce qui fait de la musique est maudit ou démoniaque. 

72/ Autour de la table au centre une transaction se déroule. Le musicien en noir tend la main pour recevoir un gobelet contenant certainement un philtre magique. Un énorme insecte cherche à se hisser sur la table vers le devant. A l’arrière une domestique de couleur tient une assiette contenant une créature brandissant un œuf. 
L’œuf symbolise la vie. Il fait référence à l’alchimie, art ancien, surtout pratiqué au Moyen Âge, axé sur la découverte d’une substance qui transformerait les métaux les plus communs en or ou en argent, mais aussi sur la découverte de moyens permettant de prolonger la vie des hommes. Le personnage qui tend le philtre possède des serpents dans les cheveux. Ceci évoque les Gorgones qui sont dans la mythologie grecque des femmes monstrueuses dont les cheveux sont des serpents et dont le regard transforme en statue de pierre quiconque le croise. Les Gorgones sont au nombre de trois : Sthéno, Euryalé et Méduse, la plus célèbre et la seule à ne pas être immortelle. A son côté l’autre personnage qui a pris l’argent possède une couronne évoquant les branches et les feuilles d’un arbre. Les Gorgones étant des créatures immortelles et l'arbre, au contact étroit avec la terre, les symboles indiquent que ce sont des guérisseurs. 

73/A l’intérieur se trouve le Christ. Il est debout, avec une auréole sur la tête, il montre à son coté une sculpture représentant le supplice de la croix. 

74/ Au centre saint Antoine, d’un signe, indique le Christ. Il indique aussi le véritable chemin. Le spectateur prend alors conscience de l’étroitesse du chemin. C’est un concept cher à l’église : « Entrez par la porte étroite ; car large est la porte, et spacieux le chemin qui mène à la perdition, et nombreux sont ceux qui entrent par elle ; car étroite est la porte, et resserré le chemin qui mène à la vie, et peu nombreux sont ceux qui le trouvent. » Mathieu. Ch. 10. 

75/ Sur cette colonne sont gravés des scènes de l’ancien testament, en haut Moïse recevant la table des lois (les 10 commandements) au mont Sinaï, puis des scènes d’anciens cultes païens au milieu, une scène en bas contenant un arbre et un fruit faisant référence au nouveau testament. « Or soyez en garde contre les faux prophètes qui viennent à vous en habits de brebis, mais qui au-dedans sont des loups ravisseurs. Vous les reconnaîtrez à leurs fruits. Cueille-t-on du raisin sur des épines ou des figues sur des chardons ? Ainsi tout bon arbre produit de bons fruits, mais l’arbre mauvais produit de mauvais fruits. Un bon arbre ne peut pas produire de mauvais fruits, ni un arbre mauvais produire de bons fruits. Tout arbre qui ne produit pas de bon fruit est coupé et jeté au feu. Ainsi vous les reconnaîtrez à leurs fruits. »

Le Chariot de Foin. 1516.

Au jardin d’Eden c’est un être hybride qui donne la pomme à Eve. (76).
Le Chariot de Foin transporte les fortunes de la vie, elles sont représentées symboliquement par le foin. Autour du chariot se déroule la vie et les luttes pour s’approprier les richesses. Devant le chariot des démons le font avancer(77) et conduisent la foule des hommes qui le suivent vers le panneau droit qui représente l’enfer. Là les choses ne se passent pas de la même manière et cela n’est plus du tout l’idéal pour l’homme. (78 à 85). 

76/ Au jardin d’Eden c’est un être hybride qui donne la pomme à Eve. Le bas de son corps est celui d’un serpent et le haut celui d’une femme. On doit donc prêter attention aux êtres hybrides chez Bosch. Le fait que le malin soit de sexe féminin est conforme à la représentation de l’église à l’époque, ceci a engendré de multiples chasses aux sorcières et 500 ans de sexisme et d’idées reçues. 

77/ Dans ce triptyque le foin représente les richesses de la vie. Tout ce qu’il se passe autour du chariot concerne la vie des hommes. La lutte pour les richesses de la vie. Si l’on se concentre vers l’avant on se rend compte que ce sont des créatures hybrides qui tirent le chariot. Un sorcier encapuchonné dont les membres sont des branches, des êtres hybrides debout, qui ont des têtes d’oiseau, de poisson, de cerf, de singe, de chat, de souris, de félin… Tout à fait devant un démon noir porte comme un trophée une tête humaine coupée. En bas une créature au bec d’oiseau avance une flèche plantée dans le dos et une épée plantée dans le bras. Non loin de là sur le panneau de droite se trouve l’enfer. 
Si des démons tirent le chariot représentant les richesses de la vie que valent-elles véritablement ? On voit que les conceptions de Jérôme Bosch rejoignent la vison de saint François d’Assise fondateur de l’ordre des Franciscains. Les franciscains ou frères mineurs est un ordre religieux fondé en 1208, par saint François d'Assise en vue de prêcher l'Évangile par la pauvreté, et approuvé par le pape Innocent III en 1209. Leur règle de vie est stricte : ne rien posséder en propre. Les Dominicains eux aussi professaient l'idéal de pauvreté absolue et, à la différence des ordres monastiques plus anciens, refusaient même la possession de biens communs.

78/ L’homme pénètre aux enfers escorté par un groupe de démons. Les créatures noires à l’arrière jouent de la musique, comme une fanfare diabolique. L’homme debout à gauche se retourne et regarde le démon à tête de cerf comme pour lui dire : « où me conduit-tu ? ». Devant, un démon ailé la bouche moustachue et ouverte semble diriger le groupe. Un démon gris à la tête de souris et aux ailes bleues d’insecte traîne le corps d’un homme couché. En bas un oiseau observe la scène.

79/ Un homme portant un casque chevauche une vache. L’épée d’un démon au long bec lui transperce le corps. Il tient dans sa main un calice. Tout ceci se déroule sous les yeux de créatures mi-oiseau mi-poisson. La vache et le calice évoquent la notion de sacrifice. Hors si l’homme fait des sacrifices aux dieux il est rare qu’il soit lui-même sacrifié. Les rôles sont inversés et cela induit un profond malaise. 
Le sacrifice a joué un rôle central dans de nombreuses religions. Les Grecs sacrifiaient des animaux (chèvres, moutons, chevaux, vaches, etc.), consommant parfois une partie de l'offrande au cours d'un repas de célébration afin d'établir la communion avec les dieux. Au Mexique, avant la conquête espagnole au XVIe siècle, les Aztèques offraient des sacrifices humains au dieu-soleil.
Au cours de la période védique de l'hindouisme, les prêtres offraient des humains, des animaux et des plantes en sacrifice à certaines dates précises. Les anciens Chinois pratiquaient également les sacrifices humains et faisaient des offrandes d'animaux domestiques et de nourriture aux dieux et aux ancêtres. Le sacrifice d’animaux était une pratique essentielle et extrêmement précise de la religion juive jusqu'à la destruction du temple de Jérusalem en 70 apr. J.-C. 
Dans le christianisme, la mort du Christ sur la croix est considérée comme un sacrifice exemplaire et idéal, offert pour expier les péchés de l'humanité.
Les chercheurs contemporains ont tendance à s'intéresser davantage à la signification symbolique et fonctionnelle des actes sacrificiels. Certains considèrent le sacrifice comme une forme de communication non verbale entre les êtres humains et leurs dieux. 

80/ Du sacrifice à la torture la frontière est mince. Visiblement cet homme a été ouvert en deux, on voit ses cotes et ses organes qui sortent de son ventre. Le démon vert à la capuche noire qui le porte souffle dans une corne. Les oiseaux regardent. Musique et volatiles tout ce qui pour Bosch symbolise le mal. 
A l’époque une institution a recours à la torture, l’inquisition. En 1252, le pape Innocent IV approuve officiellement l'utilisation de la torture pour obtenir les aveux des suspects. Cette procédure était jusqu'alors étrangère à la tradition du droit canon. L'Inquisition espagnole est instituée avec l'accord du pape en 1478 à la demande du roi Ferdinand V et de la reine Isabelle. En décembre 1484, le pape Innocent VIII, en étendant le pouvoir de deux inquisiteurs officiant entre Cologne et Mayence, fonde la charte constitutive de la chasse aux sorcières. Deux ans plus tard, l’éditeur strasbourgeois Jean Prüss imprime avec grand succès le Marteau des sorcières (Malleus maleficarum), un manuel destiné aux inquisiteurs et recensant toutes les pratiques magiques. À la suite de cette publication, les traités et théories de démonologies se multiplient, diffusant auprès des élites l’idée même de la sorcellerie. Deux grandes vagues de répression se succèdent et diffèrent dans leur ampleur et selon les régions géographiques touchées. La première vague (entre 1480 et 1520) fait un nombre limité de victimes et est surtout le fait des tribunaux inquisitoriaux. Jérôme Bosch. ( 1450-1516) est le contemporain du grand inquisiteur Tomás de Torquemada (1420-1498).

81/ Cette bouche de poisson est en train d’avaler un humain. Un serpent noir se glisse entre les jambes de l’homme pour bien montrer que c’est le mal qui est ici à l’œuvre. Il arrive qu’en rêve les hommes pêchent et ramènent à la surface d’énormes poissons qui les engloutissent ensuite. Cela signifie que l’homme est alors victime de pulsions violentes et dévorantes. Etre ingurgité par de puissantes pulsions primitives n’est pas une chose réjouissante pour l’homme. Cela signifie qu’il est victime d’un instinct primaire qu’il ne peut ni canaliser ni contrôler. L’interprétation psychologique rejoint ici le symbolisme utilisé par Jérôme Bosch. 

82/ Sous ce pont un homme nu, les hommes sont tous nus sur ce panneau donc sans protection et sans défense, est attaqué par divers animaux et au premier plan on reconnaît un chien. C’est surprenant parce que l’on sait que le chien est un fidèle ami de l’homme. Mais Bosch veut dire, ici tout ce qui vous est familier n’existe plus. 
Le chien est un mammifère carnivore de la famille des canidés, il est considéré comme le premier animal à avoir été domestiqué. En effet, depuis la préhistoire, le chien domestique (Canis familiaris) a toujours partagé l’existence de l’homme. On admet généralement que le chien a pour ancêtre direct le loup, qui vivait en Europe, en Asie et en Amérique du Nord. Il est probable que c’est la domestication par l’Homme de ses ancêtres sauvages qui a permis l’apparition du chien en tant qu’espèce. La véritable domestication du chien remonte à environ 10 000 ans. Les premières relations entre le chien et l’Homme devaient être fondées sur l’aptitude de ces animaux à la chasse, aidant les hommes à se nourrir et les protégeant contre les prédateurs. Plus tard, quand l’homme s’est sédentarisé et a appris l’agriculture et l’élevage, le chien lui a servi de gardien de troupeau. Dans les civilisations asiatique, égyptienne, assyrienne, grecque et romaine, les chiens étaient des gardiens et des compagnons fidèles, qui accompagnaient les hommes à la chasse et à la guerre.

83/ Pour Jérôme Bosch il n’y a pas d’enfer sans chaos et sans un certain désordre. 
Donc la tour à droite est en construction, c’est un chantier. Les démons utilisent une poulie pour descendre les morceaux de bois. Bien entendu cette opération se déroule sous l’œil attentif d’un oiseau.

84/ Les démons travaillent. Ils se chargent de la menuiserie et de la maçonnerie. 
A l’arrière on devine un lac où des démons en forme d’oiseau et de poisson poursuivent les humains qui nagent. 

85/ A l’arrière le ciel est en feu. En haut à droite toujours la même image d’un démon monté sur un poisson qui poursuit un oiseau pour le capturer. Au sommet du bâtiment en feu une créature brandit une perche à laquelle est suspendu le corps d’un homme mort. 

Le Jardin des Délices. 1480.

Dans les tours à l’arrière du panneau central du Jardin des Délices hommes oiseaux et animaux se côtoient parfois dans une intimité dangereuse. 86 à 95.
Au centre du panneau se déroule un sabbat qui poursuit un but politique de l’église : diaboliser le corps de la femme. 96 à 100. 
L’enfer est la fin de l’homme mais aussi chez Bosch une critique sociale violente des institutions religieuses. 101 à 116. 

86/ A l’arrière du panneau central du Jardin des Délices se trouvent 5 tours. En haut de la première tour les hommes vivent un peu comme des oiseaux, perchés dans les branches. Soit ils cherchent à atteindre les fruits suspendus, soit ils sont en position d’équilibriste. Ici les oiseaux sont regroupés en bas à gauche dans un espace qui ressemble à un nid circulaire. Chez Bosch les tours ont toujours une connotation sexuelle évoquant soit la féminité, soit la virilité soit, le plus souvent, les 2 en même temps. Les symboles sont tous clairs nous vous laissons les décoder. Dans ces tours l’homme est à la recherche généralement du plaisir défendu. 

87/ En bas de la première tour, à l’arrière, des créatures hybrides aux corps de poissons ont des fruits sur la tête. Ils sont disposés comme une armée et donnent ces fruits à des poissons. Vers l’avant des hommes sur des chevaux attendent avant de rejoindre la ronde au centre. 

88/ Dans l’eau, au premier plan, un démon male batifole avec un démon femelle. Tous deux ont des corps de poissons. Des fruits flottent dans l’eau. Sur la berge un groupe d’humains forme un cercle avec, au-dessus d’eux, une fraise. A droite un groupe d’homme entre dans un œuf dont la coquille est brisée. Ces 2 images évoquent une sexualité qui s’exerce en groupe. 

89/ Au pied de la seconde tour des hommes sortent en marchant dans l’eau. Au premier plan un homme et une sirène au corps de poisson, un homme allongé et une biche qui semble lui lécher le dos, semblent vivre en intimité. 

90/ Au sommet de la seconde tour hommes et oiseaux semblent vivre en parfaite harmonie. Ils sont entourés de fleurs et de fruits. Comme chez Bosch les oiseaux sont des anges rebelles chassés des cieux, donc des démons, cela signifie que l’homme vit en harmonie avec les démons, donc dans le mal. 

91/ Dans la 3ème tour, toujours sous le regard des oiseaux, les humains s’ébattent autour de la boule centrale bleue. Ils recueillent le liquide qui s’écoule des 2 côtés. Ils sont dans des positions parfois acrobatiques, et, à l’intérieur de la boule, le geste d’un homme et la position d’un autre sont obscènes. Dans une barque, dans l’eau, les hommes se livrent au plaisir sensuel. 

92/ A la recherche ou au contact des fruits, les couples d’oiseaux et d’humains se côtoient dans la 4ème tour. Des animaux improbables sont perchés sur les ailes qui constituent l’architecture. 

93/ Cet oiseau au long bec offre un fruit rouge à un groupe d’humain qui tend les bras vers lui. Les hommes sont dans une sorte de bulbe. A côté un homme chevauche un poisson dans l’eau. Bosch semble jouer à brouiller les frontières entre les espèces. Des êtres hybrides possédant les caractéristiques d’au moins 3 espèces sont à l’arrière plan. 

94/ La 5ème tour sur la droite est occupée majoritairement par des oiseaux. Il y a peu d'humain sur cette tour et une multitude d'oiseaux. Certaines images suggèrent que l'homme voue un culte particulier aux oiseaux. Ceci renvoie à la bible et à l'épisode du veau d'or. Le Veau d'or est le dieu des biens matériels substitué au dieu de l'esprit. Selon le récit biblique, alors que Moïse se trouve sur le mont Sinaï pour 
recevoir les tables de la Loi, son frère Aaron crée une idole à la demande des Hébreux, en faisant fondre leurs bijoux, pour satisfaire leur désir d'un objet de culte visible : le Veau d'or. Cet épisode déclenche la colère de Dieu puis celle de Moïse, qui en brise les tables de la Loi. Le choix de l'image du veau ferait écho, en la dévalorisant, à l'image d'anciennes divinités mésopotamiennes associées au taureau. Pour Bosch qui détourne le symbole, l'oiseau, le poisson et les fruits seraient les dieux du plaisir sensuel substitués à leur tour au dieu de l'esprit. 

95/ Contrairement aux autres tours, en bas de la 5ème tour il n’y a pas d’hommes mais un groupe de singes. 

96/ Au milieu du panneau central, dans un bassin, se trouvent une trentaine de femmes blondes et rousses aux longs cheveux. Elles ont sur la tête soit des fruits à gauche, des oiseaux blancs au centre ou des oiseaux noirs à droite. Autour du bassin se déroule une ronde où les hommes chevauchent toutes sortes d’animaux et honorent les fruits, les oiseaux ou les poissons. C’est un sabbat. L’origine du sabbat se perd dans la nuit des temps mais ses racines profondes se trouvent dans l’antiquité. Le sabbat est lié au culte du dieu grec de la vigne Dionysos. Ce culte, lié à l’ivresse, a principalement lieu sous forme de processions où les participants, les femmes surtout, se laissent aller à un délire extatique.
Les orgies dédiées au dieu Dionysos, fils de Zeus et de Sémélé, se déroulent ainsi. Sous la conduite d’un jeune prêtre personnifiant le dieu de la Vigne, de la Fécondité, de la Végétation et de l’Humide, les fidèles de Dionysos s’enivrent, tout en gagnant un plateau qui domine la ville de Delphes. Couronnés de lierre ou de branchages de pin et vêtus de peaux de bêtes, accompagnés d’un cortège de satyres, démons mi-animaux mi-humains, ils dansent au rythme du roulement des tambours et des sons de flûtes, puis sombrent dans l’extase. Sous sa forme extrême, les adeptes se livrent au rituel qui consiste à capturer et à dépecer des animaux vivants afin de dévorer leur viande crue. Ce n’est que plus tard, sous l’effet d’une perversion imputable à une société qui ne recherche que le luxe et les plaisirs, que l’attrait des pratiques dionysiaques, musique, danses, festins, consommation intempérante de vin et jeux de séduction, prennent le visage d’une mascarade de débauche qui place à l’arrière-plan l’aspect religieux. L’adoption du culte de Dionysos à Rome (sous les traits de Bacchus) fait, en effet, dégénérer l’orgie des fidèles, les ménades et les bacchantes, étymologiquement les « affolées », auxquelles s’associent des hommes, en une sexualité de groupe. Les fêtes nocturnes se déroulent trois fois par an et sont uniquement réservées aux femmes. Elles commencent à dévier lorsqu’elles sont ouvertes aux hommes : c’est alors qu’elles deviennent de véritables lieux de licence et sont le théâtre des pires excès. Tite-Live en parle en ces termes : « Tous les crimes y trouvent place ». Les bacchantes sont les femmes de Thèbes qui sont frappées pour la première fois par le délire dionysiaque. Elles forment des cortèges et tiennent une place importante dans les mystères et dans les fêtes célébrées en l’honneur de Dionysos. Échevelées, la poitrine nue, vêtues de peau de renard, de lion ou de faon, les bacchantes dansent et chantent au son de la flûte, de la lyre et des tambourins. Elles brandissent le thyrse, long bâton surmonté d’une pomme de pin, de feuilles de vigne et de lierre. On les dit douées d’une force surhumaine. Leur frénésie et l’état extatique dans lequel elles sont plongées les feraient poursuivre et lacérer des animaux pour les dévorer. Dans tout le monde antique, les bacchantes représentent la débauche, surtout lorsque à Rome, leurs fêtes devenues mixtes se transforment, dit-on, en véritables orgies. Figure même de l’excès, la bacchante, féminine, hystérique, s’unit à Dionysos dans un retour aux instincts primitifs.
Selon la tradition, les contes, les légendes, le sabbat est célébré dans une clairière, une lande, à un carrefour, de nuit dans un endroit désert, près d’une source ou d'une fontaine, ou en un lieu offrant une particularité topographique, tel qu’un sommet de colline, un rocher ou un amas de pierres, ou encore un lieu connu depuis la préhistoire, comme un dolmen, ou simplement un grand arbre séculaire, toujours dans la nature et en contact avec elle. Cette danse, au paléolithique comme dans certaines sociétés traditionnelles contemporaines, devait sans doute conduire les participants à un état proche de la transe de type chamanique. À partir du néolithique, avec la naissance de cultes liés à l’observation des astres et leur adoration en tant que divinités, la danse en cercle, un flambeau en main, fait 
sans doute son apparition, mais les deux types doivent coexister, selon les cérémonies liées aux périodes de l’année. La danse est un aspect récurrent et central de ces réunions clandestines, rurales et populaires. Le sabbat devient l’occasion de rapports sexuels et de relations libres. Indubitablement, cette liberté sexuelle évoquée et qualifiée d’orgiaque fait partie de cette fête comme dans tout rite de la fertilité et en toute occasion sociale dans un monde rural au moment des moissons, des vendanges, etc. Selon la nature et le caractère de ses participants, ces réunions peuvent par exacerbation et dérives psychosociologiques avoir connu des perversions bestiales, parfois éventuellement sataniques, voire criminelles.
A l’époque de Bosch l’église a besoin de diaboliser l’image de la femme et d’une sexualité non maîtrisée tout simplement parce qu’elle veut imposer le célibat des prêtres. 

97/ La chouette animal nocturne et maudit et la corne de l’animal évoquent le balais des sorcières, un homme chevauche un chat, leur animal de compagnie. Ce groupe semble célébrer les fruits et les oiseaux. Les hommes à cheval évoquent les centaures. 
Dans la mythologie grecque les centaures sont êtres monstrueux mi-hommes mi-chevaux, habitant les régions montagneuses de Thessalie et d'Arcadie.
Les centaures sont nés de l'union d'Ixion, roi des Lapithes, et d'une nuée à laquelle Zeus avait donné l’apparence d’Héra. On les représente habituellement sous un aspect humain de la tête jusqu'à la ceinture, la partie inférieure du corps étant celle d'un cheval. Les centaures sont caractérisés par leur sauvagerie et leur violence. On les dit adonnés à l'ivresse et à la luxure, et on les représente souvent dans le cortège des adorateurs de Dionysos, le dieu du Vin.

98/ Divers animaux réels ou imaginaires apparaissent. 
Le griffon est une créature légendaire, représentée dans l'art et la littérature avec la tête, le bec et les ailes d'un aigle, le corps et les jambes d'un lion, parfois une queue de serpent. Le griffon semble être originaire du Proche-Orient ; en effet, on le retrouve dans la peinture et la sculpture des anciens Babyloniens, Assyriens et Perses. Le motif du griffon apparaît au début du christianisme dans les bestiaires, ou allégories sur les bêtes. Ils apparaissent aussi sous la forme de gargouilles dans l'architecture gothique de la fin du Moyen Âge.
La licorne est animal fabuleux doté d’une unique corne torsadée au milieu du front.
A l’époque médiévale elle est couramment représentée dans les manuscrits, en particulier les bestiaires, elle y est décrite sous l’aspect d’un cheval blanc muni d’une longue corne d'ivoire, qui, selon la légende, neutralise l'action des poisons. Le bouc n’est pas là par hasard il évoque les satyres qui sont dans la mythologie grecque, des divinités des bois et des montagnes, mi-hommes, mi-boucs. Les satyres étaient les compagnons de Dionysos, dieu du Vin, et passaient leur temps à poursuivre les nymphes, buvant, dansant et jouant du syrinx, de la flûte ou de la corne.

99/ Ces 2 groupes d’hommes rendent hommage aux fruits et aux oiseaux. A l’arrière plan on reconnaît un dromadaire, grand mammifère ruminant des régions désertiques d’Afrique du Nord et du Moyen-Orient, animal bien connu à l’époque grâce aux voyageurs et aux cabinets de curiosités des rois d’Europe, associant objets naturels et œuvres d’art et qui sont les ancêtres des muséums d’histoire naturelle. 
Dans cette ronde une grande quantité d’hommes sont à cheval. Outre les références au Centaure de la mythologie (97), le cheval symbolise ici la liberté de l’homme. Les chevaux domestiques furent introduits à Babylone vers l'an 2000 av. J.-C. et en Égypte à peu près trois cents ans plus tard. Ces animaux ont été amenés en Égypte par les Hyksos en provenance du nord-est de la Syrie. Ces chevaux égyptiens et babyloniens étaient les précurseurs des races rapides de chevaux arabes du Moyen-Orient et de l'Afrique du Nord. Dans la plus grande partie de l'Europe, des premiers siècles apr. J.-C. aux environs du XVIIe siècle, les chevaux indigènes puissants servaient aux opérations militaires, au remorquage de lourdes charges et comme animaux de bât. Le cheval a toujours été un animal utile à l’homme il lui permet de se déplacer rapidement, rend moins pénible les travaux de l’agriculture, il permet à l’homme de faire la guerre efficacement et à cette époque aussi de transmettre informations, marchandises et d’améliorer le commerce. Ces hommes à cheval sont libres c’est à dire qu’ils sont conscients de ce qu’ils font. 

100/ La ronde équestre est semblable à un sabbat qui honore les oiseaux, les fruits et même un poisson. Comme cette ronde se déroule autour d’un bassin contenant uniquement des femmes, le but politique de l’église de l’époque, diaboliser les femmes, en faire des sorcières, pour imposer le célibat des prêtres est atteint. Mais Bosch n’en rajoute pas, il ne peut pas. Bosch appartient à la confrérie de Notre-Dame qui vénère la Vierge. Il ne peut pas salir le corps de la femme sans atteindre indirectement la vierge. Donc il représente les hommes en train d’enfreindre le 1er commandement qui est le même dans toutes les religions monothéistes. « Tu n’honoreras qu’un seul dieu ». Pour l’église dieu a conçu l’homme à son image. Si l’homme se met à honorer et adorer des animaux il ouvre la porte à ses instincts bestiaux (ce qui est illustré au premier plan du panneau) et il commet une transgression mortelle. Une désobéissance qu’il va payer cher dans le panneau droit qui concerne l’enfer. 

101/ La fin de l’homme. 

A l’arrière plan du panneau une ville en ruine est en feu. Des démons sont disséminés un peu partout dans les vestiges. Un démon survole l’endroit et le cadavre d’un homme est suspendu au bout d’une pique. 

102/ La guerre. 

C’est la guerre. Une armée de démons à la bannière noire persécute les humains. Les corps sont jetés à l’eau à partir du pont. Sur l’autre rive ils sont des centaines à être attaqués. La scène illustre une idée intemporelle : la guerre c’est l’enfer sur terre. 

103/ A l’arrière les corps des humains sont brûlés. A l’avant les hommes forment un cortège, escortés par des démons aux multiples formes et des oiseaux, ils sont emmenés pour être torturés. 

104/ Alors qu’à l’arrière on hisse un homme sur un gibet, à l’avant une gigantesque paire d’oreilles percées prolongée de la lame d’un couteau est utilisée par les démons pour découper les corps. La forme de l’instrument signifie symboliquement que ceux qui sont punis le sont par où ils ont fauté. 

105/ Sur ce plateau au-dessus de la tête d’un personnage (le possible autoportrait du peintre) Bosch fait tourner des couples d’humains et de démons autour d’une cornemuse. Il fait référence à la ronde du sabbat sur le panneau central. 

106/ L’intérieur du corps du personnage est une taverne à militaires. Un homme est assis sur un batracien. Le tavernier guette les clients tandis qu’une femme tire du vin d’une barrique. Un casque et une arbalète sont suspendus aux poutres. 

107/ La plus part des hommes et des femmes sont ici en très mauvaise posture. Des démons à têtes d’oiseaux organisent les supplices. Bien qu’il soit déjà transpercé de part en part par l’épée d’un démon insecte aux oreilles en forme d’ailes de papillon il semble bien que cet homme doive être aussi pendu. En dessous un homme en armure est dévoré par 6 bêtes maléfiques, 3 grises et 3 vertes. Un démon chevauche une femme comme s’il s’agissait d’un cheval et il tire sur les rennes. Un homme dont la tonsure évoque celle d’un moine semble en grande conversation avec un démon. Ici Jérôme Bosch met aussi en doute la moralité de certains membres du clergé mais le discours est quelque peu dissimulé. 

108/ Difficile d’imaginer que l’on puisse pratiquer le patinage en enfer. Pourtant c’est le cas ! Si tout se passe bien pour le démon à tête d’oiseau avec son arc et ses flèches au premier plan c’est loin d’être le cas pour l’homme. Au second plan la scène se lit de droite à gauche comme une bande dessinée. Au début l’homme hésite un peu puis le patin se met à grossir et ses mains sont attachées. Au final le poids du patin fait se rompre la glace et l’homme se retrouve dans l’eau glacée… 

109/ Ici se sont des démons à la soutane bleue et les insectes qui dirigent la manœuvre. Un oiseau en armure et aux ailes d’insecte montre l’échelle à l’homme et lui demande de monter. Un autre est en trait d’agiter une corde au bout de laquelle se trouve une cloche dont le battant est un corps humain. Au moins 5 démons ont une soutane bleue. A gauche la tête d’oiseau au long bec du démon ne prête pas à confusion. Par contre on peut se demander si le démon assis sur un jeune homme en train de lire est bien un démon véritable ou un moine... Il y a peut être ici une critique sociale cachée et des questions sur la vertu de certains moines. 

110/ Chez Bosch point de salut dans la musique. Les musiciens sont torturés sur leurs instruments. Pour bien montrer qu’il s’agit de choses maudites deux serpents s’enroulent autour de la harpe et de la mandoline. 

111/ Les compositeurs sont logés à la même enseigne que les musiciens et de plus Bosch les tourne en ridicule toujours sous le regard de démons et de serpents.

112/ Un Tambour et des instruments à vent sont utilisés par les démons pour assourdir les amateurs de musique. 

113/ On ne sait pas encore exactement à quel point, mais l’église voit d’un très mauvais œil la science et les progrès scientifiques. 

114/ Parce qu’il engendre la violence le jeu sous toutes ses formes est maudit. On reconnaît les cartes, les dés mais aussi le trictrac ou jacquet, ancêtres du backgammon. Le backgammon est un des plus anciens jeux de table. Il est originaire de Mésopotamie. Les fouilles archéologiques effectuées à Ur ont révélé qu'une forme primitive de backgammon existait à Sumer vers 2600 av. J.-C. Ce jeu était particulièrement prisé des Grecs, des Romains (qui l'adoptèrent sous le nom de jeu des douze lignes), des Perses et des Asiatiques. On ne jouait pas en France au backgammon mais au trictrac, dont le nom évoque le bruit des dés heurtant le plateau ce jeu est très en vogue durant le Moyen Âge et la Renaissance.

115/ Cet oiseau, haut perché sur sa chaise jaune, est coiffé d’un chaudron rond. Devant lui se déploie un long tissu blanc. Le blanc, le jaune, la tiare (couronne ronde du pape) tout ceci fait référence à Rome au Vatican et au pape. L’oiseau est en train d’avaler un homme qui ressort ensuite sous la chaise pour tomber dans un trou. Dans ce même trou quelqu’un défèque de l’argent tandis qu’on oblige un autre homme à vomir. Tout ceci fait référence au système des indulgences, les pardons monnayés par l’église pour le rachat des péchés. On voit que Bosch relaye une critique qui va être à l’origine de la réforme quelques années plus tard.


116/ Cette truie, qui a revêtu la coiffe d’une none, ou cette sœur qui a l ‘apparence d’une truie, est en train d’essayer de charmer un homme pour qu’il lui rédige une indulgence. Elle lui tend une plume. A côté, un démon, plus menaçant, porte l’encrier et l’étui. A l’arrière on voit un homme essayer de se protéger en posant le document sur sa tête. Cela en dit long non seulement sur ce que Bosch pense du système des indulgences mais aussi sur la moralité de certains ordres religieux à l’époque. C’est une violente critique sociale du système dans son ensemble.

Le Jugement Dernier. 1480.

Oiseaux, démons, hommes transformés, sorciers, mais aussi gens d’église en route pour le supplice, telles sont les personnages qui peuplent l’Enfer du Jugement dernier de 1480. (118 à 123). 

117/ Un oiseau insecte survole une tour. Un homme chevauche un rongeur aux cornes de cerf. Un démon avec un oiseau blanc sur la tête chevauche un homme. Un démon prépare le gibet pour une pendaison. La présence d’une roue ne peut rassurer personne. Parmi les moyens de mise à mort inventés par l’homme, 
bûcher, pendaison, décapitation, la roue n’est certainement pas l’un des plus efficaces mais certainement l’un des plus douloureux. Ce moyen d’exécution apparaît au milieu du Moyen Âge, le condamné à mort, après avoir eu les membres et la poitrine brisés est écartelé sur une roue jusqu'à ce que mort s'ensuive. 
L'agonie sur la roue pouvait durer de quelques instants à plusieurs jours…
La peine de la roue n'était pas appliquée aux femmes.

118/ En enfer chez Bosch il y a toujours des villages en feu au loin. Des démons s’affairent dans les décombres et les personnages errent sans trop savoir où aller. 

119/ En haut l’homme qui pénètre en enfer sait qu’il va être humilié et asservit. On lui montre tout de suite un démon au corps de félin qui chevauche un humain. Bien entendu les oiseaux sont chez eux. Il y a même un oiseau en bas à droite qui promène ses petits ! 

120/ Les démons montent à l’assaut d’une citadelle dans des tenues parfois rocambolesques et ridicules. 

121/ Un moine et une none, plongés dans un chaudron, sont remorqués par un homme transpercé par une épée, chevauchant une vache, un coq sur la tête. Ce moyen de transport en dit long sur la destination finale de ces membres du clergé mais surtout l’image souligne que l’enfer est aussi réservé aux serviteurs de l’église ayant fautés. 

122/ Ce personnage minuscule un livre à la main, sans tronc et court sur pattes, n’est pas un démon. C’est un humain qui a été transformé. Par contre cette créature qui se situe entre l’oiseau le poisson et l’insecte est bien démoniaque. Elle est en train d’ingurgiter un humain. Une tête et des membres sont sur le sol tout autour. Il s’agit de la représentation symbolique de l’homme dévoré par ses pulsions instinctives. 

123/ Les 2 personnages de dos ont des ailes, un bec et des pattes d’oiseaux. Ce sont des démons. Le personnage à droite en train de pêcher est un sorcier. Il a capturé un humain. Une épée est posée à son côté. On devine le sort qu’il réserve à sa capture. 

124/ L’entrée de la tour est peuplée de démons qui ont des formes animales. Sauf à gauche où se trouve un personnage barbu à côté d’un feu. Si l’on observe attentivement on remarque que ses pattes sont celles d’un oiseau et que sur la croix posée contre le mur un serpent est enroulé. L’image vise à mettre en garde contre les faux prophètes et à ce qui peut se dissimuler derrière les parodies de la fausse foi. 

La Tentation de Saint Antoine. 1495.

L’Enfer du triptyque de la Tentation de saint Antoine est l’occasion pour Bosch de pratiquer la parodie et même l’humour sachant que pour lui l’humour est toujours un peu grinçant et même assez sombre. (125 à 133). 

125/ A cheval sur un poisson volant, voici une curieuse manière de voyager. Pour Jérôme Bosch cela signifie tout simplement que ce couple vit dans le péché. 

126/ A l’arrière plan la citadelle du mal, attaque la citadelle du bien. La citadelle du mal possède un feu et des oiseaux à son sommet. La scène illustre la lutte du bien et du mal. 

127/ Dans l’eau un homme lutte avec un démon semblable à un dragon. 

128/ Cette créature sans bras possède 4 doigts de pied. Le dispositif pour l’aider à marcher est utilisé pour les bébés. Bosch cherche à ridiculiser cet homme qui a été transformé et qui porte la robe rouge des cardinaux. 

129/ Cette femme est une sorcière qui verse généreusement à un démon une potion qu’elle a préparée. Tout ceci se déroule sous le regard d’un oiseau. Derrière sa capuche noire elle porte une couronne aux ailes d’oiseaux. Ce démon possède une triple forme c’est certainement la version de Bosch d’un incube qui dans le folklore médiéval européen, est un démon mâle censé prendre forme humaine afin d'abuser d'une femme pendant son sommeil. Selon la légende, l'incube, et son homologue féminin, le succube, étaient des anges déchus. L'union avec un incube devait donner naissance à des démons, des sorcières et des enfants difformes.
Les principales idées chrétiennes sur les démons proviennent d'allusions de l'Ancien Testament à des êtres maléfiques ou « esprits impurs ». Au Moyen Âge, la théologie chrétienne établit une savante hiérarchie d'anges, qui étaient associés à Dieu, et d'anges déchus, ou démons, dont le chef est Satan. Satan est considéré comme le premier ange déchu. Les démons sont devenus un élément du folklore un peu partout dans le monde. Beaucoup ont des qualités spécifiques. On connaît notamment les vampires, qui boivent le sang des vivants, ou encore les oni japonais, qui sont responsables des tempêtes. En Écosse, les légendaires kelpies hantent les étangs, prêts à attirer au fond de l'eau les voyageurs imprudents. La croyance populaire aux démons et aux esprits du mal n'a cessé de décliner depuis le 18ème siècle.

130/ Il s’agit du triptyque de la Tentation de saint Antoine. Cette femme devrait être là pour tenter charnellement le saint. Pourtant cette image évoque plus la maternité que la sensualité. Il semble que Bosch (qui fait partie de la confrérie de la vierge) a du mal avec cela. Le spectateur ne peut que se demander d’où provient la maternité. D’où les précisions sur les incubes et succubes (129). D’une position de coupable potentielle, la femme se transforme en victime. 

131/ Saint Antoine semble songeur mais pas spécialement concerné par ce qu’il se passe autour de lui. 

132/ Ces hommes ont été attaqués par des démons durant leur repas. Bosch apprécie les détails cocasses, ainsi un petit démon se cache sous la nappe et une andouillette est suspendue à l’instrument à vent. Sur la table du pain, du fromage, une carafe mais on reconnaît aussi des baies de genièvre, utilisées pour parfumer les alcools blancs. C’est une charge contre l’alcoolisme plus que contre la gourmandise. 

133/ En général les petites créatures chez Bosch sont des humains transformés mais ici le doute subsiste. Une plume orne son chapeau, signe diabolique, il possède une queue noire. Comme son visage et son œil sont transpercés Bosch a placé malicieusement un œil vers l’arrière ! 

Le Jugement Dernier. 1450. 

Le panneau central du Jugement Dernier de 1450 est violent. Jérôme Bosch utilise des images qui cherchent à choquer et qui suscitent le dégoût. L’homme est traitée comme une marchandise et surtout comme de la nourriture. Il est chassé, découpé et mis à frire ou à rôtir… (135 à 147). En comparaison le panneau droit qui représente l’enfer (148 à 151) est moins effrayant les hommes y sont torturés par des démons animaux. 

134/ C’est une créature ayant forme humaine qui donne la pomme à Eve au jardin d’Eden. 

135/ A l’arrière plan du panneau central, au milieu des incendies, on dresse un gibet. Les hommes sont poursuivit, dévorés par des dragons et frappés par des démons.
Bien que harcelé par des démons armés d’arquebuses, guidé par un ange, un homme prend la fuite vers la gauche. 

136/ Un oiseau souffle dans un instrument à vent. Un homme est allongé sur une table, démons et reptiles sont autour de lui. Un homme transformé, à la toque rouge avec des roues à la place des oreilles et une longue queue observe la scène. Un démon gris, à l’avant, joue de la mandoline posée sur sa tête, à son côté se tient un démon noir. Une créature proche d’un dragon offre de la viande, dont on ne connaît pas encore la provenance, à une femme, autour de son corps 2 serpents sont enroulés.

137/ En dessous des corps humains sont suspendus. 4 têtes humaines sont disposés sur le sol. Un homme est attaché à une broche en attente, un autre est en train de griller. 

138/ Cette sorcière (avec des pieds) ou ce démon, arrose le corps de cet homme qui cuit sur la broche. On comprend mieux quel genre de nourriture est mangée plus haut.

139/ On assiste ici à la préparation d’une omelette d’un nouveau genre. Tandis que ce démon, aux pattes d’oiseaux, fait frire des morceaux humains il a préparé 2 gros œufs pour compléter son ouvrage. 

140/ Cette femme à tête d’oiseau est en train de broyer des restes humains pour en récolter le sang. L’artiste prend bien soin d’ajouter une main humaine à la scène. 
Bosch en fait beaucoup autour du cannibalisme mais c’est sans doute un passage obligé pour effrayer (ou dissuader) les gens du peuple. Le propos moralisateur de l’œuvre ne fait aucun doute. 

141/ Ces 2 démons à face de chat sont en train d’obliger ce pauvre homme à boire le liquide de cette barrique dont on voit bien l’origine… 

142/ Ce démon à tête d’oiseau a transpercé un homme d’une flèche et le transporte comme un trophée de chasse. Plus haut on voit que les hommes sont perforés et découpés. 

143/ Les démons découpent les hommes, les enferment dans des cages, les pêchent avec des filets et les transportent de manière barbare. 

144/ Un dragon crache du feu pour faire cuire un humain dans une barrique. Un oiseau transporte un homme sur son dos comme des victuailles. Un démon à genou découpe les corps, ceux-ci sont entourés de serpents noirs. 

145/ Pour être conservés les corps de ces 3 hommes ont été embrochés sur les branches de cet arbre mort.

146/ Les démons sont bien équipés pour trancher les chairs. Ce couteau est largement surdimensionné.

147/ A droite, parmi les oiseaux, un homme a été empalé. Au centre des humains sont emmenés par une armée de démons pour être sacrifiés. A l’arrière des démons, avec des marteaux, frappent sur des hommes comme sur du métal dans une forge. 

148/ A l’arrière du panneau droit il a tellement d’incendies que l’endroit ressemble à une zone volcanique. 

149/ Cette image évoque Sisyphe, l’un des grands suppliciés de l’enfer grec.
Sur la droite c’est un humain qui est torturé. Certaines images sont cocasses et il y a même un cracheur de feu. 

150/ Il n’y a pas d’enfer chez Bosch sans oiseaux. Ils sont partout ici. Il y a aussi des démons noirs à tête de chat mais aussi et surtout des hommes en détresse qui supplient ou qui sont torturés. 

151/ Au premier plan les hommes sont en minorité. Bien souvent en mauvaise posture, le corps transpercé par des flèches ou des épées. On oblige une femme à participer à une cérémonie ou à un rite maudit qu’un démon lit dans un grand livre. 
Les démons ont des têtes de chats de singes ou d’oiseaux. Vers l’avant on retrouve le poisson et les fruits responsables de la damnation. A l’entrée de la tour au centre se tient celui qui semble le chef. Satan selon l’ancien testament. Il possède une tête de chat, des griffes, une longue queue. Son sceptre possède la forme d’une griffe d’oiseau. 

Bosch Code. 

Le Contexte. 

Les provinces formant actuellement les Pays-Bas ont été progressivement rassemblées, par mariage, achat ou conquête par les ducs de Bourgogne.
Le roi de France, Louis 11 est inquiet de la montée de la puissance des bourguignons. Il noue donc de nombreuses intrigues contre Charles le Téméraire, il incite les métiers liégeois à se révolter contre lui. Celui-ci réprime férocement le soulèvement et oblige Louis 11 à assister à l'incendie de la ville.
Patient, Louis 11 profite du caractère impulsif de Charles le Téméraire qui entreprend une politique de conquêtes. En occupant la Lorraine, il s'attire l'hostilité des Cantons suisses. Battu à plusieurs reprises, il finit par être tué sous les murs de Nancy en 1477. Aussitôt Louis 11 se jette sur les États bourguignons.
Les États Généraux suppriment toutes les institutions centralisatrices des ducs de Bourgogne, par le Grand Privilège. Ils conseillent à Marie de Bourgogne, fille de Charles le Téméraire, d'épouser Maximilien d'Autriche (famille des Habsbourg), afin de pouvoir faire face à l'invasion française.
Au terme de la guerre, Louis 11 conserve le Duché de Bourgogne, la Bourgogne actuelle, mais doit abandonner les Pays-Bas ainsi que le Comté de Bourgogne, la Franche Comté actuelle, qui passent sous la souveraineté des Habsbourg.
Comme on le voit la région n’est pas, à l’époque de Jérôme Bosch, politiquement stable. De nombreuses guerres et révoltes animent le quotidien des habitants de la région. Lorsque Bosch représente un village incendié ou une armée en marche, la population sait de quoi il parle. Elle connaît les horreurs de la guerre. 

Le Symbolisme de Bosch.

Le bestiaire usuel du moyen-âge utilise les gargouilles, les dragons, les serpents pour symboliser le mal et les démons. Ce qui est neuf chez Bosch c’est qu’il met en scène des animaux proches de l’homme, que les humains connaissent parfaitement, et qu’il les transforme en démons. La population connaît l’épisode de l’Ancien testament où les anges rebelles sont chassés du paradis par les anges et les archanges. En montrant ces anges maudits tomber du ciel et se transformer en oiseaux, en insectes ou en poissons, pour ceux qui tombent dans l’eau, Jérôme Bosch renouvelle l’iconographie démoniaque du haut moyen âge. De plus comme l’homme connaît ces animaux parce qu’il les côtoie quotidiennement il va être possible de lui faire peur bien plus facilement. Bosch utilise donc aussi fréquemment les démons-oiseaux que les démons-insectes. La représentation de démons noirs à la face de chats ou de singes répond au même principe. Le chat noir n’est-il pas l’animal de compagnie des sorcières ? Bosch fait ici référence aux superstitions et à l’apparition, juste à cette époque, d’une chasse aux sorcières, instituée par l’inquisition pour diaboliser le corps de la femme, et adapte son langage en conséquence. 

Les différents discours de Jérôme Bosch.

1/ Le discours moralisateur.

Dés 1450 et le premier triptyque du Jugement Dernier Bosch utilise des scènes violentes pour effrayer les chrétiens en réponse à la question : après ma mort que peut-il advenir de mon corps ? Les scènes de tortures ou de cannibalisme sont courantes dans les triptyques. Le cannibalisme est loin d’être une pratique ordinaire en Occident au moyen âge. Si Bosch brise ce tabou ce n’est pas pour amuser mais pour faire peur. Ce langage rejoint ce que dit à peu prés l’église sur la sorcellerie c’est à dire que les cérémonies noires se terminent par une orgie générale où les sorciers s'accouplent avec des démons avec ensuite un grand festin au cours duquel sont dévorés des enfants préalablement mis à mort rituellement. 
L’être humain déteste qu’on le considère comme de la nourriture. 

2/ Le discours politique de l’église. 

En 1486-1487 deux dominicains rhénans, Jacob Sprenger et Henry Krämer, dans le Malleus maleficarum, Le marteau des sorcières, soutiennent la thèse du complot sataniste et de la secte des sorcières. La sorcellerie recruterait surtout parmi les femmes. Les sorcières effectuent des vols nocturnes, elles rendent hommage au diable et s’accouplent avec des démons. L’église romaine profite de l’aubaine pour diaboliser le corps de la femme et relancer la question du célibat des prêtres. 
Dans le panneau central du jardin des Délices une ronde se tient autour d’un lac contenant uniquement des femmes, comme pour leur rendre hommage. Cette ronde fait référence aux sabbats des sorcières. 
Dans les différents triptyques Bosch met en scène des sorcières.

3/ La critique sociale des institutions religieuses. 

Jérôme Bosch est un humaniste, contemporain d’Érasme (1466 - 1536) écrivain et érudit hollandais, considéré comme un précurseur de la Réforme dont les écrits seront mis à l’index par le concile de Trente. (1545 -1563). 
En 1450 Gutenberg invente l’imprimerie. Entre 1450 et 1500, plus de 6 000 œuvres sont imprimées. La conséquence directe est que les idées circulent vite en Europe. Au 14ème siècle, le réformateur anglais John Wycliffe (1330 - 1384) attaque déjà vigoureusement la papauté, dénonçant la vente des indulgences, les pèlerinages, le culte excessif des saints et le niveau moral et intellectuel des prêtres. Pour toucher les gens simples, il traduit la Bible en anglais et prononce ses sermons en anglais plutôt qu'en latin. Bosch habille les démons avec des vêtements religieux, en enfer il place un moine et une sœur dans un chaudron. Une truie porte la coiffe d’une religieuse. Pour quelle raison ? Et pourquoi les démons qui torturent les hommes portent-ils la soutane ? Voici une partie du discours caché de Bosch que l’église ne veut pas voir. Comme Wycliffe, Bosch met en doute la moralité de certains membres du clergé. 

4/ La Querelle des indulgences. 

A de nombreuse reprise dans ses toiles Bosch évoque les indulgences qui sont la cause première de la réforme de Martin Luther.
Afin d’achever la construction de la basilique Saint-Pierre de Rome, le pape Léon X accorde, en 1515, une indulgence plénière (rémission des peines d’un pécheur) à tout fidèle qui fera une aumône à l’église après s’être confessé. Le dominicain Johann Tetzel, nommé commissaire apostolique, est chargé de prêcher la vente des indulgences dans la Saxe et le Brandebourg tandis que l’archevêque Albert de Mayence mène la campagne des ventes. Leurs trafics respectifs scandalisent bientôt les fidèles : le premier a recours à des sermons simplistes et maladroits ; le second conserve pour son propre compte, et avec l’autorisation papale, une partie des sommes recueillies.
Cette campagne provoque l’indignation du moine augustin Martin Luther qui remet en cause la pratique de l’indulgence : l’indulgence a perdu son sens premier, la recherche du salut par des conditions contraignantes, pour se résumer à un trafic monétaire honteux et une solution facile de rachat. Aussi, le 31 octobre 1517, Luther affiche-t-il, à la porte de l’église de la Toussaint de Wittenberg, 95 thèses dans lesquelles il démontre le danger des indulgences.


Le Jugement Dernier. 1450. Académie des Beaux-Arts. Vienne. Site Web


Le Jugement Dernier. 1480. Musée Groeninge. Bruges. Site Web  


Le Jardin des Délices. 1480. Musée du Prado. Madrid. Site Web  


La Tentation de Saint Antoine. 1495. Musé National des Arts Anciens. Lisbonne. Site Web :

Le Chariot de Foin.1516. Musée du Prado. Madrid. Site Web