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Pieter Bruegel l’Ancien. Margot La Folle. 1562. 
Huile sur toile. 117,4 x 162 cm.

Renaissance. 

 









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Pieter Bruegel l’Ancien. Margot La Folle. 1562. 
Huile sur toile. 117,4 x 162 cm.

On a longtemps cru que Pieter Bruegel, le plus important peintre flamand du 16ème siècle était simplement un peintre de paysages, sans grande culture, mais comme nous l’avons vu avec La Tour de Babel (1564), après son voyage en Italie entre 1552 et 1554, il se lie avec des cercles humanistes et devient l’ami d’érudits comme le géographe Abraham Ortelius. En digne héritier de Jérôme Bosch il utilise la même iconographie fantastique, surtout dans la série de gravures des Sept Vertus (1557), les mêmes monstres et animaux incroyables, ici, et aussi dans Le Triomphe de la Mort (1562-1563), la même ambiance d’horreur, de rage sanguinaire peuplée de démons et d’épouvante. Si la toile ressemble au panneau droit du triptyque de Bosch le Jardin des Délices (1480-1490) représentant l’enfer, il n’y a peut être pas chez Bruegel la même volonté moralisatrice que chez Jérôme Bosch. Il semble que Brughel réalise une synthèse en reprenant les formes et les couleurs de Bosch. On a souvent cherché et trouvé des allusions à des événements historiques dans ses œuvres. Si la Tour de Babel est une œuvre moralisatrice qui exprime l’éthique humaniste et chrétienne et qui peut être interprété comme une mise en garde contre la sottise et la présomption, Margot la Folle n’a pas été peinte dans le même but. Cette femme a fait son balluchon et quitte son village, cela ne signifie pas qu’elle est folle, même si tout ce qui l’entoure est épouvantable et semble incohérent. Il faut rapprocher le tableau de faits réels. En 1562 la région des Pays Bas est une province sous domination espagnole. L'Inquisition espagnole est instituée avec l'accord du pape en 1478 à la demande du roi Ferdinand V et de la reine Isabelle. Alors qu'elle devait initialement se consacrer au problème des juifs, elle s'occupe, dès 1502, des musulmans convertis et, à partir de 1520, des personnes suspectées de protestantisme. Quelques années après la création de l'Inquisition, la papauté en confie le contrôle aux souverains. Ainsi, l'Inquisition espagnole devient plus un instrument de l'État que celui de l'Église, même si elle est dirigée par des dominicains. Devenue symbole de la cruauté et de l'obscurantisme, surtout dans les pays protestants, elle impose des méthodes qui sont adoptées par des institutions équivalentes dans les pays catholiques ou protestants d'Europe. Ces tensions mène à un soulèvement contre l’Espagne qui éclate en 1566. Il marque le début d’une guerre qui va ébranler le pays jusqu’en 1648, date de la signature du traité de Westphalie. Ce conflit trouve ses origines dans la question religieuse : les calvinistes des régions méridionales (la Belgique actuelle), se soulèvent en masse et la répression féroce menée par le duc d’Albe empêche toute conciliation. 
La guerre de 80 Ans, également appelée révolte des Pays-Bas ou encore révolte des gueux, est un soulèvement armé mené de 1568 à 1648 (traité de Westphalie) contre la monarchie espagnole par les provinces s'étendant aujourd'hui 
sur les Pays-Bas, la Belgique, le Luxembourg et le nord de la France. 
En 1562 les protestants sont déjà persécutés au Pays Bas. En France le massacre d’une assemblée protestante à Wassy le 1er mars 1562, commandé par les Guise, marque le début des guerres de Religion. Bruegel sait tout cela. Et ceci va conduire au massacre de la Saint-Barthélemy, massacre organisé des protestants de Paris dans la nuit du 23 au 24 août 1572, jour de la Saint-Barthélemy, massacre qui fait plus de 3 000 morts , qui se poursuit en province jusqu'en octobre et ouvre une nouvelle période de guerres religieuses. Impossible à évaluer de manière précise, le nombre de victimes est estimé à 13 000. Margot n’est pas folle, elle sait pourquoi elle part… 
Le point de vue du spectateur est situé un peu au-dessus du personnage à peu prés au centre du tableau. La ligne d’horizon est sur le tiers supérieur de l’œuvre. Le ciel est en feu, On peut le comparer au ciel de l’enfer, le panneau droit du jardin des délices de Jérôme Bosch. 
Trajet du regard. 1/ Le regard est tout d’abord attiré par le personnage au centre qui sert de 1er point de repère. 2/ Ensuite le regard se dirige à droite et à gauche de Margot et découvre les détails des scènes d’épouvante. 3/ Le spectateur explore la toile en montant, à droite et à gauche, c’est toujours le chaos. 4/ Dans un dernier temps le spectateur voit le ciel qui brûle et en déduit que la scène n’est pas normale et exprime vraiment un immense désordre et des bouleversements. 

Ce genre de toile est nommé " scène grouillante " chez Pieter Bruegel.
Lorsque l’on fait apparaître les lignes de force on se rend compte que 3 points naturels d'intérêt sont utilisés. 
En bas Margot est placée sur le point naturel d’intérêt inférieur gauche. 
Toujours en bas, à droite le point naturel d’intérêt est occupé par un attroupement et une violente altercation. En haut à droite le point naturel d’intérêt se situe sur les bâtiments. C’est ce détail qui laisse supposer que tout est organisé et que la toile fait référence aux persécutions des protestants et annonce la révolte des gueux ou la guerre de 80 ans. 

Margot à la croisée des chemins. 

En dessous de la grande diagonale c’est le village avec des scènes de violence, des gens armés et une situation qui ressemble à une insurrection.

Au-dessus de la même grande diagonale c’est un paysage fantastique dont l’imagerie est empruntée à Jérôme Bosch et au Jardin des Délices. Cet univers surréaliste évoque le monde des rêves, il est peuplé de créatures étranges, extravagantes entre l’homme et l’animal. Margot est située sur cette diagonale et elle se trouve entre 2 mondes. On a bien compris qu’elle fuit son village à cause des violences mais ce qu’elle découvre à la sortie de celui-ci explique l’expression de son visage. Margot n’est pas folle elle se trouve devant l’éternel problème des réfugiés… 

La chute. 

Nous venons de voir que l’œuvre est construite sur la grande diagonale qui sert en quelque sorte de frontière entre deux univers. 
La question se pose de savoir si cette diagonale est montante ou descendante. 
C’est Margot qui répond à la question. Si l’on suit son sens de déplacement la diagonale est descendante même si peu de lignes directrices vont dans ce sens. 
La diagonale descendante induit toujours une idée de chute et de déchéance ce qui bien sûr est le cas ici. 

Détails : 

Le visage de Margot est marqué par l’effroi et la terreur. C’est bien normal car ce qu’elle découvre est inquiétant. Remarquez la position extravagante de la créature à l’arrière-plan… ( ! )

Comme Jérôme Bosch, Bruegel utilise des bulles pour créer une atmosphère fantastique et irréelle. La bulle telle qu’elle est montrée ici n’est pas présente dans la nature. 

Ce poisson est une créature hybride possédant des membres. Bruegel réalise une synthèse entre plusieurs créatures apparaissant dans Le Jardin des Délices. 

Lumière : 

La toile est éclairée pratiquement en totalité par la lumière d’un immense brasier situé en haut à droite, dans le ciel. 

Couleurs : Harmonie entre couleurs chaudes. 

Toiles Similaires : 

Pieter Bruegel l’Ancien.
Le Triomphe de la Mort. (1562).

Pieter Bruegel l’Ancien.
Le Massacre des Innocents. (1565).

Jérôme Bosch. Le Jardin des délices. (1480-1490)
Panneau droit. L’Enfer. Clic pour voir l’analyse.