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Pieter Brueghel l'Ancien. Le Triomphe de la Mort. 1562. Huile sur bois
117 × 162 cm. Musée du Prado. Madrid.






Dans l’histoire de l’humanité à certains endroit et à diverses époques, il est souvent arrivé que la mort triomphe. 
La folie des hommes, leur sectarisme et leur avidité ont toujours provoqué des guerres aux conséquences terribles pour les populations civiles. Brueghel en tant qu’humaniste dénonce cet état de fait. 




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Vidéo : Les Triomphes de la mort peints.
par Anne Steinberg-Vieville.





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Pieter Brueghel l'Ancien. Le Triomphe de la Mort. 1562. Huile sur bois
117 × 162 cm. Musée du Prado. Madrid

Cette œuvre, comme Margot la Folle, déjà analysée ici et qui date de la même année, témoigne des conflits religieux et des déchirements de conscience qui, sous la Réforme, ont bouleversé les mentalités et le tissu social et politique des Pays-Bas.
L’énorme chaos qui règne au premier plan de l’œuvre, dans un premier temps difficilement lisible par le spectateur, n’est que le reflet, dans la composition de la toile, du désordre qui régnait alors à l’époque dans cette région. 
Aux Pays-Bas, l'influente bourgeoisie éclairée qui se forme au cours du Moyen Âge fait bon accueil au protestantisme. Mais l'empereur Charles Quint, dont la puissance militaire est mieux établie sur ce territoire que dans les États allemands, tente d'en arrêter la progression en faisant brûler publiquement les livres de Luther et en installant l'Inquisition en 1522. Une révolte, fomentée par le monarque français François 1er, éclate en 1539 à Gand et est suivie d’une dure répression. 
Ces mesures sont pourtant sans effet et, vers la moitié du 16e siècle, le protestantisme s'impose dans toutes les provinces du Nord, c'est-à-dire la Hollande. Les provinces du Sud, aujourd'hui la Belgique, restent essentiellement catholiques. La majorité des Hollandais embrasse le calvinisme, qui constitue un lien idéologique puissant dans la lutte nationale engagée contre les souverains catholiques espagnols. Ils se révoltent en 1566 et la guerre se poursuit jusqu'en 1648, date à laquelle l'Espagne renonce à toute prétention sur le pays par suite de la paix de Westphalie. Les Pays-Bas, jusque-là espagnols, deviennent alors un État protestant indépendant. L’auteur n’est pas dupe, il sait que toutes les violences et les exactions commises à l’époque proviennent des guerres de religion. Dans l’histoire de l’humanité à certains endroit et à diverses époques, il est souvent arrivé que la mort triomphe. La folie des hommes, leur sectarisme et leur avidité ont toujours provoqué des guerres aux conséquences terribles pour les populations civiles. Brueghel en tant qu’humaniste dénonce cet état de fait. 


La ligne d’horizon est extrêmement haute. Elle occupe la moitié du tiers supérieur de la toile. Le peintre veut laisser un maximum d’espace au paysage et à ce qu’il s’y passe. Le point de vue du spectateur est situé juste au-dessus des scènes de massacres du premier plan, au niveau du donjon en flamme et de la croix qui orne la porte que les habitants franchissent pour, peut-être, se réfugier. 
Au premier plan rien ne guide vraiment le regard du spectateur. Ceci l’oblige à regarder la toile dans le détail. C’est la volonté du peintre parce que l’œuvre est composée de différentes scènes qui ont chacune leur signification. 

Chez Brueghel on appelle " scène grouillante " les tableaux peuplés de multiples personnages. Prés du centre géographique du tableau se trouve la mort armée d’une faux qui chevauche un cheval squelettique. L’auteur utilise aussi 3 points naturels d’intérêt. Le premier point en haut à gauche est situé au point de rencontre entre quelques villageois qui tentent de résister et l’armée des morts qui surgit d’une crevasse. Le second point, plus bas, se trouve sur 2 squelettes en soutanes marrons qui traînent un cercueil. Le troisième point naturel d’intérêt est le point inférieur droit, il est située devant le cheval squelettique de la mort où les cadavres gisent et où la foule est la plus affolée. 

La toile est partagée en 3 zones distinctes. 1/ En haut le ciel bleu à droite et rouge à gauche, d’où viennent les morts. 
2/ Au centre un paysage quasi désertique peuplé de cadavres d’hommes et d’animaux, de scènes de pillages et de tortures où l’ont voit l’armée des morts approcher de 2 côtés. 
3/ Au premier plan l’affrontement entre l’armée des morts et les hommes. Les vices de l’homme y sont dénoncés. Cette partie de la toile est peuplée d’hommes, de squelettes, d’animaux, surtout des oiseaux noirs, d’un chien qui tente de dévorer un enfant et de démons. 

L’artiste utilise simultanément les 2 grandes diagonales. Les principales lignes de direction vont dans les 2 sens. 

Lumière : L’œuvre est éclairée d’en haut à droite. 

Couleurs : Contraste entre couleurs chaudes et froides. 4 couleurs sont complémentaires.

Détails : 

Les hommes sont égaux devant la mort. Le pouvoir et l’argent ne peuvent rien contre elle. Ce roi est en fin de vie, la mort lui montre un sablier pour lui montrer que son temps est écoulé et s’empare de son argent. 

Depuis longtemps les hommes se plaisent à représenter la mort comme une faucheuse. C’est une représentation traditionnelle. Ici elle n’a pas son manteau noir mais elle fauche les vies comme les hommes fauchent le blé. 

Comme Jérôme Bosch dans ces triptyques, Brueghel dénonce ici le jeu et l’alcool. 

A l’arrière plan, sur la gauche, 2 squelettes sonnent des cloches attachées à un arbre. Dans les villages on sonnait les cloches pour alerter d’un incendie ou d’un danger. Cette représentation est chargée d’ironie. 

Les morts se chargent de tout. Ils ont creusé un trou pour y mettre un cercueil. 

Au loin on voit que la mort a tout prévu. Des squelettes coupent des arbres. Ils ont besoin de bois pour réaliser des cercueils. C’est une activité humaine. Le triomphe de la mort cela signifie que les morts remplacent les vivants… 

Les morts sont partout. Au sommet de cette tour au milieu de l’océan. Ils font sombrer les navires. Ils sont aussi sur le rivage où les croix sont brisées et remplacées par des symboles païens. 

Les morts sont innombrables, partout il y a des cérémonies funéraires et des squelettes qui enfouissent des cercueils ou qui creusent des trous. 

Il existe de multiples façons de mourir. Au loin la mort semble pratiquer l’exécution, soit par pendaison, soit par le supplice de la roue. 

La décapitation est un autre moyen de mise à mort utilisé à l’époque. 

Cette image d’un mort dans un arbre a traversé les siècles. Otto Dix s’ inspire de ce motif pour son triptyque sur la guerre en 1929. 

Les morts sont tellement nombreux qu’il semble difficile de les compter. 

Armés de lances les morts chevauchent des montures faméliques et attaquent les villageois. 

Partout les morts assassinent et jettent les hommes à l’eau. Les poissons morts au bord du rivage évoquent l’univers de Jérôme Bosch. 

Au pied de la tour, des squelettes, drapés de blanc, jouent de la trompe pour célébrer leur triomphe. 

Cet attelage macabre transporte une multitude de cranes. A l’arrière un squelette joue de la musique tandis qu’à l’avant un autre tient une lanterne et fait tinter le glas. Un corbeau est perché sur la croupe du cheval. Une lanterne allumée est supposée servir de guide aux défunts. Le glas est la sonnerie de cloche signalant l'agonie, la mort ou les obsèques d'une personne.

Un chien décharné attaque une femme à terre qui porte un enfant. 

Ce squelette est en train d’égorger un pauvre bougre manifestement pour lui voler sa bourse. 

2 squelettes en soutanes transportent un cercueil en tirant sur des cordes pour le faire rouler. 

Ces 2 squelettes ont installé un filet de pêche pour capturer des hommes. C’est une allusion ironique aux pêcheurs d’hommes du nouveau testament. 

Ce couple semble très occupé à chanter. Il semble totalement détaché de ce qu’il se passe aux alentours. Mais dans le dos de la femme un squelette approche lui aussi joue de la musique. Il faut lire en pointillé : La mort est plus forte que l’amour. 

Ce cuisinier lugubre apporte un plat peu appétissant. C’est une allusion au poison. 
L’empoisonnement était, à l’époque, une façon commune de mourir. De nombreux litiges se réglait avec du poison. 

Pour échapper à la fureur de l’armée des morts les habitants entrent dans ce qu’il semble être un refuge dont la porte est ornée d’une croix. Ce qu’ils ne voient pas c’est qu’au-dessus les morts tirent sur une corde qui ouvre la porte et jouent du tambour. Cette scène fait allusion au fait que durant les guerres de religion l’église n’est plus un refuge elle peut même devenir un piège. 

Ce squelette s’accroche à cette homme pour le faire chuter. C’est une parabole qui exprime que la mort utilise le moindre prétexte pour parvenir à ses fins. 

Cet homme se cache mais son dos percé d’une lance montre que c’est inutile.
La mort est inéluctable.